Le droit de rêver

Ça a été un sentiment irrésistible, quelque chose qui m’a stupéfié et m’a presque envoyé en extase.

Le mois dernier, le 19 décembre, j’ai eu l’honneur de m’adresser à plus de 10 000 enfants réunis dans une grande salle. C’était la plus grande assemblée à laquelle j’ai jamais parlé. Et non, ce n’est pas la taille du public qui m’a sauté aux yeux. Ce n’est pas non plus le fait que ces enfants aient lancé un tonnerre d’applaudissements quand je suis entré. Ça a été quelque chose de complètement différent. Continuer à lire.

En 1992, un homme simple qui avait grandi dans une pauvreté abjecte avec une mère veuve et sept frères et soeurs a pris une mesure inhabituelle. Il avait 27 ans à l’époque, âge où la plupart d’entre nous pensons à nos objectifs matériels, âge où il est difficile de voir au-delà de nos propres désirs, où les parents vous posent des questions sur vos projets de mariage, d’installation et tout ça. Et pourtant, il a démissionné de son poste de professeur de chimie dans un collège privé et il s’est rendu dans les régions les plus reculées de son État natal, l’Odisha.

L’idée était très simple: rendre l’éducation de qualité accessible aux plus pauvres d’entre les pauvres.

Il a emmené 12 enfants tribaux après avoir pris de nombreux engagements vis-à-vis de leurs parents dont la plupart parlaient dans un dialecte local et ne connaissaient même pas l’Odiya, la langue de l’Etat, ni aucune autre langue officielle indienne. Il a pris la responsabilité de leur sécurité, des repas, de l’hébergement, des uniformes et de l’éducation.

Avance rapide jusqu’en 2018. 25 ans plus tard, l’Institut Kalinga des sciences sociales du Prof. Achutya Samanta, ou KISS comme on l’appelle communément, abrite 27.000 enfants des tribus où ils sont éduqués de la maternelle jusqu’après l’obtention du diplôme. KISS fournit des repas gratuits, l’hébergement, l’éducation, les uniformes, les moyens médicaux à tout ce que vous pouvez imaginer sous le soleil, y compris la production de joueurs internationaux de rugby.

Le professeur Samanta ne s’est pas arrêté là. Parallèlement, il a créé une autre organisation appelée KIIT (Institut de technologie industrielle de Kalinga) où 27.000 étudiants payants sont inscrits à divers cours. Le campus s’étend sur 400 acres. 54.000 étudiants au total (KISS et KIIT). 12 000 employés. Tout cela à partir du rêve et de l’action obstinée d’une seule personne.

“Pour chaque étudiant inscrit au KIIT,” m’a dit le professeur Samanta, ” nous avons introduit un étudiant tribal au KISS. Le revenu du KIIT est utilisé pour financer le KISS. ”

Rencontrer Achutya Samanta a été une expérience réconfortante car il rayonnait d’amour, de sagesse et d’humilité. Jusqu’à ce jour, m’a-t-on dit, il vit dans une maison louée de deux chambres à coucher. Jamais marié, il a consacré sa vie à élever la vie de centaines de milliers de jeunes enfants.

J’ai été étonné de voir la discipline et la réactivité des enfants. Tout au long de mon discours, à chaque fois que je leur ai posé une question pour m’assurer qu’ils suivaient, ils ont répondu rapidement et correctement. Ils ont compris mon message, mon humour et mes histoires.

“Ce n’est pas votre plaisir et votre privilège d’être ici, mais ce sont les miens”, ai-je dit aux enfants.” Le simple fait de vous voir m’inspire à faire plus pour notre monde. Je vous remercie, vous, vos parents et vos professeurs.”

“Tous ceux qui prennent naissance ont trois droits fondamentaux”, ai-je ajouté. “La vie peut ne pas sembler juste mais personne ne peut vous enlever ces trois droits. Le droit de rêver, le droit de choisir et le droit d’agir. Rêvez les yeux ouverts. Faites des choix conscients et agissez de manière responsable. ”

Le but de ce courrier n’est pas de glorifier le professeur Samanta, car les gens comme lui sont au-delà des approbations ou des odes de louange. Ils se font eux-mêmes et traversent les adversités comme la pierre traverse l’eau. Au lieu de cela, je souhaite juste partager avec vous le fait que chacun d’entre nous porte en lui une graine de grandeur. C’est à nous de décider si nous nous résignons à notre destin ou si nous le récrivons.

Tout commence par un rêve mais, au début, un vrai rêve n’est pas toujours une vision grandiose. Au départ, les fondateurs de Google, de Facebook ou de Microsoft, n’ont jamais pensé qu’ils finiraient par créer des organisations gigantesques. Le début n’est souvent qu’une toute petite affaire que vous aimez, quelque chose qui vous tient à cœur. Au fur et à mesure que vous continuez à travailler avec persévérance et sincérité, votre rêve grandit avec vous. Vous commencez à avoir la sagesse de voir tout ce qui est nécessaire pour réaliser votre rêve. Beaucoup de choses doivent se réunir pour que quelque chose se produise. Lequel des éléments suivants vous semble-t-il nécessaire pour réaliser un rêve ?

• Travail acharné
• Destin
• Courage
• Compétence
• Tout cela ensemble

La vérité est que ces choses ne sont que les ingrédients du succès et, seuls, les ingrédients ne font pas un grand plat. C’est aussi la recette, la proportion, la présentation, l’ambiance, que ce soit des chansons de Beethoven ou de Bollywood, qui jouent en arrière-plan etc. Ensemble, ils ont une influence sur notre expérience globale et contribuent éventuellement à la saveur d’une préparation. En d’autres termes, j’insinue que ce n’est que lorsque nous créons les bonnes conditions que nos rêves commencent à se matérialiser.

Si vous vous concentrez sur la création d’un environnement propice, atteindre le résultat souhaité n’est plus qu’une question de temps. Je me souviens avoir regardé d’innombrables oiseaux se percher sur les arbres que je vois de ma fenêtre. Quand le printemps est arrivé, ils sont venus, ont chanté, ont gazouillé, ont joué sur de nouvelles feuilles tendres, des papillons et des abeilles se sont posés sur les fleurs, l’herbe était verte comme l’étaient les arbres. Des oiseaux de belle couleur et aux toutes petites ailes sont arrivés. Je n’ai rien fait de spécial pour inviter ces oiseaux, si ce n’est que depuis deux ans nous soignions la santé de la flore autour de ma chaumière. Nous nous sommes concentrés sur la création de bonnes conditions et la nature s’est occupée du reste.

Dans une famille ou une organisation, si vous voulez encourager la vérité et la transparence, vous devez créer un environnement qui les soutienne. Quoi que ce soit que nous voulons stimuler, nous devons l’encourager. Par conséquent, quand vous travaillez à votre rêve, tout ce que vous avez à faire, c’est d’être conscient et de vous demander : “ce pas que je suis sur le point de faire, est-ce qu’il m’éloigne de mon rêve ou est-ce qu’il m’en rapproche ?”

Un pas de bébé suivi d’un autre et puis d’un autre et d’un autre encore … cela se poursuit jusqu’à ce qu’un jour vous entriez dans votre rêve, quand tout ce à quoi vous avez rêvé un jour se trouve alors autour de vous dans le monde réel. Ce sentiment irréel que vous vivez lorsque vous escaladez le Mont Everest, ce Samadhi que le yogi atteint après des années de discipline yoguique, ce moment où un PDG fondateur sonne la cloche de l’ouverture de Wall Street pour marquer l’introduction en bourse de sa société …

C’est un petit pas pour un homme et un pas de géant pour l’humanité. ~ Neil Armstrong

Ma reconnaissance envers le prodigieux M. Arun Bothra et son aimable famille aimante qui a tout fait pour organiser un séjour fort utile à Odisha et qui a pris soin de chaque petit détail. Grâce à lui seul, j’ai eu la chance de rencontrer les merveilleux enfants du KISS.

Paix.
Swami

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