L’autre jour un jeune homme m’a demandé innocemment,”A qui dois-je plaire ? Il y a mes parents, mes frères et soeurs, ma femme, mes enfants, mon patron et les autres. Comment dois-je choisir entre eux ou dois-je essayer de les garder tous heureux ?”
“Vous avez oublié la personne la plus importante,” ai-je dit.
“Dieu ?”
“Vous.”

En fin de compte, les bonheur dans notre vie quotidienne dépend du bonheur que je peux apporter tant à moi-même qu’aux autres, et ni l’un ni l’autre ne sont faciles. Veuillez noter le mot ‘en fin de compte’. Dans le court terme, vous pouvez faire beaucoup de sacrifices et garder tout le monde heureux mais, au fur et à mesure que le temps s’écoule, cela vous rend faible et insatisfait. Et oublier tout le monde, même rester heureux est particulièrement épineux parce que peu importent le talent, la compétence ou la réussite que l’on a, indépendamment du nombre de passe-temps que vous pouvez avoir pour être heureux – vous ne pouvez pas rester tout de temps heureux par vous-même. A moins bien sûr que vous vous soyez dissocié du monde consciemment et avec compassion et que vous vous soyez tourné vers l’intérieur, auquel cas vous serez plus heureux que la plupart des gens. Si vous êtes quelqu’un de ce genre, ce message n’est pas pour vous. Aujourd’hui, mon attention se porte sur les gens qui vivent dans le monde réel avec de véritables défis, où nous éprouvons quotidiennement toute une gamme d’émotions.

Avez-vous remarqué qu’à chaque fois que nous souffrons, cela est généralement dû à la présence ou à l’absence de quelqu’un d’autre dans notre vie ? Nous sommes tristes parce que dans notre vie nous avons la mauvaise personne ou nous sommes tristes parce que la bonne personne n’est plus (ou pas autant que nous le voudrions) dans notre vie. (A quoi sommes-nous réduits ? Je me le demande…)

Le nouveau Premier Ministre élu s’est rendu dans un hôpital psychiatrique pour montrer qu’il faisait attention à tout le monde.

“Qu’est-ce qui ne va pas avec cet homme,” a-t-il demandé au surveillant à propos d’un homme qui gémissait et riait tour à tour.
“Monsieur, il était amoureux mais sa petite amie s’est enfuie avec quelqu’un d’autre. Cela s’est terminé par une dépression nerveuse majeure et il est devenu fou.”

“C’est très triste,” a dit le Premier Ministre avec sympathie, et il s’est avancé vers d’autres patients.
Un bâtiment plus tard, il a vu une autre personne qui se comportait d’une manière très étrange.
“Et que lui est-il arrivé ?”
“C’est, a dit le surveillant l’homme avec lequel elle s’est enfuie et avec lequel elle s’est mariée.”

Nous devenons fous de bonheur comme nous devenons fous de tristesse (métaphoriquement, généralement). Les relations sont difficiles et la solitude peut même être encore plus difficile. Principalement parce que nous ne pouvons pas dissiper la solitude en entrant dans une relation, ce n’est pas le contraire de la solidarité. Les gens peuvent être incroyablement seuls, même quand ils sont entourés par ceux qu’ils aiment. La solitude est difficile parce que c’est un sentiment d’isolement, vous vous êtes éloigné de vous-mêmes ; les autres ont peu ou rien à en faire. Ceci dit, la plupart des gens sont seuls par manque de qualité dans leurs relations. Ils ont essayé, peut-être ont-ils essayé très fort, mais quelque chose a cloché, ça n’a tout simplement pas marché. D’habitude, au début, c’est tout feu tout flamme et ensuite cela perd petit à petit de son charme ; probablement un nouveau couvert qui brille et étincelle de propreté au début et par la suite, un jour, tout à coup, après quelque temps, vous trouvez que ça semble vieux, que ça perd de son éclat. La solitude vous mord surtout quand vous ne voulez pas être seul. Vous avez obtenu une promotion et vous voulez appeler quelqu’un pour la célébrer et partager votre bonheur, ou, si vous venez de vous faire renvoyer, là encore vous voulez partager votre peine avec quelqu’un. Que nous souffrions de solitude ou de solidarité, c’est souvent parce que nous n’avons pas une relation de qualité avec quelqu’un. La qualité : c’est la clé. Qu’est-ce que j’entends par qualité et comment avoir une relation de qualité ?

Je suis tombé sur une belle petite description dans Le Lit de Procruste de Nassim Taleb.

Procruste, dans la mythologie grecque, était le cruel propriétaire d’un petit domaine à Corydalle dans l’Attique, sur la route entre Athènes et Eleusis, où s’accomplissaient les rites des mystères. Procruste avait un sens particulier de l’hospitalité (si nous pouvons l’appeler ainsi) : il kidnappait les voyageurs, leur donnait copieusement à dîner, puis il les invitait à passer la nuit dans un lit qui était plutôt spécial. Il voulait que le lit s’ajustât à la perfection au voyageur. Ceux qui étaient trop grands se voyaient couper les jambes avec une hache acérée; ceux qui étaient trop petits étaient étirés.

Dans la plus pure des justices poétiques, Procruste a été pris à son propre piège. Il s’est trouvé que l’un des voyageurs était l’intrépide Thésée qui, après le dîner habituel, a fait allonger Procruste dans son lit. Alors, pour l’ajuster au lit avec la perfection habituelle, il l’a décapité.

Nous humains, face aux limites de la connaissance et aux choses que nous ne voyons pas, à l’invisible et à l’inconnu, nous dissipons la pression en compressant la vie et le monde en vives idées transformées en commodités, en catégories réductrices, en vocabulaires spécifiques et en récits préemballés qui peuvent avoir des conséquences explosives. Nous semblons de plus ignorants de cet ajustement rétrograde, beaucoup à la manière des tailleurs qui montrent un grand orgueil à livrer le costume parfaitement ajusté – mais qui le font en altérant chirurgicalement les membres de leurs clients.

Je pense que telles sont la plupart des relations : une sorte de lit de Procruste. Nous y allons fort pour faire en sorte que l’autre veuille les mêmes choses que nous. Nous voulons par erreur faire en sorte que nos relations deviennent une sorte de perfection. Si c’est ainsi que vous avez l’intention de faire marcher une relation, j’ai bien peur que ça ne fonctionne jamais. La qualité du lien humain ne se base pas sur la manière dont deux personnes s’adaptent l’une à l’autre ou simplement s’accordent. Au lieu de cela, c’est la quantité d’espace qu’elles se donnent l’une à l’autre. Par ailleurs, souvent quand elles semblent s’entendre comme une maison en feu, l’une d’elles se consume doucement. Dans une relation, la liberté est la graine de la qualité. Par liberté, je n’entends pas simplement le fait que vous puissiez faire tout ce que vous voulez. En fait, une telle liberté irresponsable est le termite qui fait un trou même dans les meilleures des relations.

Pour moi la liberté c’est de respecter la coexistence, c’est autant faire l’éloge de la solidarité que de respecter la diversité, une sorte de hardiesse. En d’autres termes, c’est de la maturité. Vous ne pouvez pas avoir une relation libre sans que les deux personnes ne soient assez mûres pour exprimer leurs soucis, leurs désirs et leur vérité. Une relation dépourvue d’une telle maturité fera que les deux se sentiront épuisés.

J’ai un jour lu quelque part,“Nous devons savoir que toute personne dans le monde a son propre but dans la vie, son propre intérêt et son propre point de vue, et qu’elle s’occupe d’elle-même. Sa paix est perturbée quand vous souhaitez qu’elle s’intéresse à votre objet d’intérêt. Si vous souhaitez la forcer à adopter votre point de vue, quelque proche et chère qu’elle puisse vous être, cela ne lui plaira pas.”

Bien que cela puisse sembler trop catégorique pour être vrai dans notre monde plein de bonheur relatif, c’est la vérité inconfortable de l’existence humaine : nous sommes trop concernés par nous-mêmes. On nous dit de partager, d’être bons et tout ça, mais on nous apprend en même temps à faire attention à nous. Même mon conseil au jeune homme a été qu’il ne s’était pas compté dans sa recherche du bonheur parce que vous êtes une partie importante de votre vie. Mais, s’il y a trop d’insistance à gagner, à être bon, alors je me prépare à être souvent déçu, car peu importe que je sois doué, mes pertes l’emporteront sur mes gains. Et c’est là où se pose la question d’un équilibre délicat.

Je dois être clair sur le minimum que j’exige de ma vie et sur le mieux que je peux faire pour l’autre. La maturité, c’est quand deux personnes peuvent s’asseoir, négocier et oeuvrer en le faisant. La compréhension se fait quand elles reconnaissent et respectent le fait que chacun d’entre nous a le droit de choisir son propre but dans la vie. Et, d’une manière plus importante, une route différente ne veut pas dire que vous n’aimez pas l’autre. Cela est en réalité la marque de la véritable maturité où vous ne rendez pas tout égal en termes de ce que cela signifie pour vous.

Il y a forcément de l’accomplissement et un sentiment de solidarité dans une relation mature car vous savez que vous pouvez partager vos joies et vos peines sans être jugé ni réprimandé. Qu’il y a de la liberté et de la compréhension. La question de savoir comment et à qui vous devez plaire disparaît alors. La joie de partager qui vient du fond de votre coeur est alors pleine à ras bord.

Un dimanche, un prêtre informa qu’il était malade et s’en alla jouer au golf. Tout seul. Il voulait améliorer son swing pour le tournoi amical qui allait avoir lieu. Il savait bien que ses aptitudes au golf n’étaient pas terribles.

Mais fort miraculeusement, de quelque manière qu’il frappait la balle ce jour-là, elle finissait dans le trou. En fait, la balle qui volait vers le sud tournait vers le nord et atterrissait dans le trou. Le prêtre sautait de joie. Avec seize trous en un, il se gonflait d’orgueil comme un tout nouveau popcorn.

“Pourquoi,” un ange demanda-t-il à Dieu qui avait observé tout ça pendant les deux dernières heures, pourquoi avez-vous aidé un prêtre qui a fui son devoir pour jouer au golf ? De devrait-il pas être puni ? Au lieu de ça, il joue le meilleur golf de sa vie !”
“Eh bien,” répondit Dieu en souriant, “à qui va-t-il le dire ?”

L’une des plus grandes joies de notre vie n’est-elle pas de pouvoir partager notre réussite et ce que nous avons accompli avec ceux que nous aimons ? De même qu’il est très réconfortant de partager nos échecs avec la personne dont vous attendez qu’elle vous écoute sans juger. Cela ne peut pas arriver sans maturité dans une relation. La maturité, à son tour, n’est pas possible sans liberté responsable. Et liberté est synonyme d’amour véritable. Si vous voulez assujettir l’autre, dicter des règles pour sa vie (peu importe que ces règles puissent vous sembler raisonnables ou morales), ce genre de solidarité mène à la suffocation. Et quand cela arrive, cela a l’effet contraire : ce n’est plus son absence mais son sa présence qui vous fait vous sentir seul. Parfois, tout ce qu’il faut pour réparer cela, c’est de s’asseoir et de se demander l’un à l’autre : “Qu’est-ce qui te rendrait heureux ?” Par la suite, de négocier ce qui est faisable. S’il y a de la maturité, il y a une bonne possibilité de parvenir à un terrain d’entente. Et si la maturité manque, eh bien alors, telle qu’elle est, la relation a peu de sens. Une brouille n’est alors qu’une question de temps.

En amour la maturité vient naturellement, comme la chaleur avec le soleil de l’hiver, tout le reste est une illusion d’amour, peut-être est-ce de l’attachement.

Soyez relax. Travaillez-y.

Paix.
Swami

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