Je reçois toutes sortes de mèls. Une équipe de volontaires les classe et les note. Environ 50 % des lecteurs écrivent pour avoir mon avis sur les épreuves et les tribulations de la vie. Un énorme 30 % juste pour montrer leur reconnaissance et leur amour. Quelques 10 % partagent leurs vues philosophiques. 1 % (ou un peu moins) m’envoient un mèl pour me demander de quelle façon ils pourraient m’aider, moi ou ma cause.

Les 9 % qui restent n’écrivent que pour exprimer leur haine. Mes idées les agacent parfois, mes écrits les offensent, ou une chose ou une autre les contrarie. Et c’est bien. Cela fait partie de la vie. Il est impossible de garder tout le monde heureux. Avec les années, j’ai appris à m’isoler des opinions d’autrui. Ce n’est ni naturel ni facile, mais tout être qui souhaite se baigner dans le courant de la félicité intérieure ferait mieux d’apprendre l’art de l’indifférence aux idées que le monde a sur lui.

Mon mantra est très simple : à la fin de la journée (littéralement), avant d’aller au lit, je me pose trois questions. Ai-je fait de mon mieux ? Ai-je parlé et agi attentivement ? Ai-je aidé quelqu’un aujourd’hui ? C’est vraiment tout ce que nous pouvons faire. Si vous avez fait tout ce que vous pouviez pour avoir une journée qui ait du sens, que vous n’avez blessé les sentiments de personne et que vous avez agi par gentillesse, vous êtes bon. Vous avez fait tout ce que vous pouviez. Et si pourtant quelqu’un ou un groupe vous déteste intensément, eh bien, que Dieu les aide.

La haine est une émotion incroyablement puissante. En réalité, elle est étrangement, tristement et incorrectement stimulante. En un clin d’oeil elle l’emporte sur le bon sens et sur la compassion. Pour voir ce que je veux dire, regardez seulement autour de vous et vous verrez plein de fanatiques religieux. Ce qui est pire, c’est qu’ils ne pensent pas être fanatiques. Et cela est un symptôme classique de la haine : elle vous rend aveugle. ! Je n’ai pas à m’étaler là-dessus, notre histoire contient assez d’exemples.

Martin Luther King, Jr. dit admirablement : “Comme un cancer non maîtrisé, la haine ronge la personnalité et détruit progressivement son unité vitale. La haine détruit le sens des valeurs de l’homme et son objectivité. Elle lui fait décrire ce qui est beau comme laid et le laid comme beau, et confondre le vrai avec le faux et le faux avec le vrai.”

Malheureusement chacun d’entre nous a quelque part en lui une trace de haine. C’est la dure vérité. Après tout, la haine n’est rien d’autre qu’un sentiment intense. Tant que nous nous sentons en insécurité ou que nous avons des peurs (ce qui est pratiquement le cas de tout le monde), nous sommes susceptibles de connaître de la jalousie et aussi de la haine. Mais cela ne signifie pas que nous devions vivre avec ces émotions.

Nous pouvons nous purifier pour enlever de notre être même toute trace de jalousie et de haine. Et le rituel de cette purification intérieure ne commence pas avec la méditation. Au lieu de cela, il commence en pratiquant la restriction de la parole. Nous prononçons si souvent des paroles blessantes, méprisantes et incorrectes envers une personne que nous n’avons jamais rencontrée, qui visent quelqu’un qui ne nous connaît même pas. Ce genre de paroles crée un terrain fertile pour la haine.

Je me rappelle un petit évènement de mon enfance. Une personnalité religieuse célèbre était accusée d’activité immorale et était au centre d’un scandale. Les nouvelles étaient partout à la télé.

“Voilà l’escroc,” dis-je dès que l’image apparut. “Ce sont tous des escrocs, en réalité.”

“Fils,” intervint ma mère, “pourquoi dire du mal de quelqu’un que tu ne connais même pas ? Nous ne connaissons pas toute la vérité. Nous ne connaissons pas ses raisons. Il y a même des chances que nous ne le rencontrions jamais. Il ne te connaît pas non plus. Pourquoi te faire une opinion et polluer ton esprit ?”

J’avais huit ou neuf ans à l’époque mais cela s’est infiltré en moi.

“Par ailleurs,” ajouta-t-elle, “si nous n’avons rien de bien à dire, le moins que nous puissions faire est de ne pas cracher sur autrui.”

“Es-tu entrain de dire que je dois rester tranquille même si je vois quelque chose de mal ? ” demandai-je.

“Non,” répondit-elle immédiatement. “Tu dois te lever contre le mal mais nous parlons ici de salir quelqu’un qui en ce moment ne t’écoute même pas. Tes remarques ne l’atteignent en aucune façon. Des paroles détestables ne feront naître en toi que du mépris. Regardons d’abord en nous.”

Ses paroles ont eu un effet durable sur moi parce qu’elle disait ce qu’elle pratiquait. Je fais de mon mieux pour me tenir loin des commentaires sur des choses ou sur des gens que je ne connais vraiment pas.

Il y en aura toujours qui ne nous aimerons pas et, de toute façon, tout le monde n’a pas à nous aimer. Nous ne pouvons pas empêcher les autres d’avoir un sentiment particulier envers nous. En outre, leur haine ne nous concerne pas. Elle concerne ce qu’ils pensent savoir de nous. Elle concerne ce qu’ils pensent à quoi vous devez ressembler. Elle provient directement d’un manque de compréhension. Vous ne pouvez haïr que ce que vous ne comprenez pas parce qu’une fois que vous comprenez l’autre personne ou l’autre perspective, l’énergie de la haine se transforme en compassion.

Mulla Nasrudin voyageait dans un train. Une dame près de lui essaya d’attirer l’attention de Mulla mais il était occupé à lire son livre. La dame s’aspergea de davantage de parfum, elle fredonna doucement une chanson, elle sortit un miroir de son sac à main, se mit du rouge à lèvres, etc. Elle s’excusa et se leva deux fois sous prétexte de se rendre aux toilettes. Mais Mulla restait absorbé.

“Arrêtez de m’ennuyer !” lui cria-t-elle après deux heures.

“Excusez-moi,” répondit Mulla incrédule. “Je n’ai pas dit un mot et je ne vous ai même pas regardée.”

“Exactement ! Je trouve ça extrêmement ennuyeux et insupportable.”

Telle est, en bref, l’anatomie de la haine : nous haïssons ce que nous ne pouvons pas supporter (ou comprendre). Et tout ce que nous ne pouvons pas supporter dépend entièrement de notre sagesse, de nos préférences, de notre perspective et de notre éducation.

Ce qui est triste, c’est que la haine est quelque chose qui nous est enseignée. Personne ne naît avec, elle n’est pas innée. Lorsque nous avons de la haine dans le coeur, cela veut dire que quelqu’un, qu’une idéologie ou qu’un évènement nous a appris à haïr. Ce qui, par la suite et tant mieux, implique aussi que c’est quelque chose que nous pouvons désapprendre. Tout désapprentissage (et tout apprentissage) commence avec de l’attention à quatre niveaux. Cela pour une autre fois.

Nous pouvons choisir ce que nous apprenons. La haine n’a pas à en faire partie. Apprenons des choses qui purifient notre conscience, élèvent notre âme et nous encouragent à marcher sur la voie de la vérité et de la compassion. Car seule une noble conduite révèlera notre beauté intérieure. L’amour est un million de fois plus puissant que la haine, car l’amour crée de l’espace et construit des châteaux là où la haine ne peut même pas se glisser.

Vous allez demander : qu’est-ce que l’amour ? L’attention, la compassion, l’empathie, la réciprocité composent l’amour. Quand vous êtes amoureux, elles viennent naturellement. Pratiquez-les en votre coeur et l’amour brillera à travers tous les pores de votre existence comme le doux soleil de l’hiver, apaisant et réchauffant tout autour de vous.

Choisissez l’amour contre la haine et vous ne serez jamais déçus.

Paix.
Swami

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