Parfois (en fait très souvent), je rencontre ceux qui sont célibataires. En général ils cherchent la bonne personne, une compagne ou un compagnon avec lequel ou laquelle vivre. Ou bien ils ont été blessés dans le passé, ou bien ils n’ont pas encore trouvé la concordance parfaite. Nul ne les attend quand ils rentrent le soir dans leur maison vide. Ils s’éveillent seuls, sans personne auprès d’eux. La solitude et la probabilité de vieillir seuls les hantent de temps en temps. Tout ce qu’ils veulent, c’est aimer et être aimés, mais ils ne peuvent trouver personne, à ce qu’ils me disent.

Et puis je rencontre ceux qui sont mariés. Tout en aimant leur famille, ils rêvent d’une temps de paix et de repos. Ils se sentent liés par leurs obligations. Ils en sont venus à comprendre que le mariage était synonyme de compromis et qu’il exigeait un sacrifice quotidien énorme, ce à tous les niveaux. Ils veulent voir des changements intervenir autour d’eux, chez leur partenaire, chez leurs enfants, etc., avant de penser pouvoir être vraiment heureux. Tout ce qu’ils voulaient, c’était aimer et être aimés, ils ont même épousé quelqu’un qui, pensaient-ils, allait régler les dépenses. Mais ils disent maintenant qu’il semble qu’ils aient épousé la mauvaise personne.

Dans leur quête de vrai bonheur, pour l’un comme pour l’autre, pour autant que je sois concerné, le résultat de toutes les rencontres est le même. Presque tout le temps. En deux parties :

  1. Je vois ma boîte de mouchoirs en papiers se vider plus vite que le niveau d’eau dans les réservoirs municipaux de Delhi.
  1. J’entends les mêmes questions. Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi ne prend-il/elle pas conscience ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Comment Dieu peut-Il me faire ça ?

Le problème des mouchoirs est facile à résoudre. Je mets juste une nouvelle boîte pour traiter le conduit lacrymal. Nous versons nos larmes et nous pouvons les essuyer. Mais le second est un peu plus compliqué. Laissez-moi vous faire part d’une petite histoire avant de vous donner mon point de vue.

L’Empereur Moghol Akbar demanda un jour à ses courtisans lequel des deux était le plus puissant : Dieu ou Akbar. Les ministres se trouvèrent dans l’embarras du fait que la réponse était évidemment : Dieu. Mais dire qu’il y avait quelqu’un de plus grand que le roi, cela pouvait vouloir dire qu’on aurait la prochaine coupe de cheveux faite à la guillotine. Et donner la mauvaise réponse, qui serait perçue comme une flatterie flagrante, cela pourrait encore aboutir au même sort. Mais l’un après l’autre, décidant de dire la vérité, ils dirent tous que Dieu était plus puissant que leur empereur. Tous, sauf un.

L’homme le plus sage de la cour royale, Birbal, proclama qu’Akbar était en fait plus puissant que Dieu. Les courtisans se réjouirent secrètement de voir Birbal dans le pétrin. Enfin, pensèrent-ils, c’est à l’air libre qu’il complimente le roi de façon exagérée.

– Manifestement, tu veux juste m’impressionner, Birbal, dit sévèrement le roi en hochant la tête. Je suis écoeuré de ta réponse blasphématoire. Comment puis-je être plus puissant que Dieu ?

– Votre Excellence, répondit Birbal, notre empereur est de fait plus puissant que Dieu. Dieu est au-delà de la discrimination et du favoritisme. Il est lié par le Dharma, tout action de Dieu est en harmonie avec le fonctionnement méticuleux de cet Univers infini. Mais votre altesse n’est liée par aucune loi. Vous pouvez punir n’importe qui, même s’il est innocent. Dieu ne peut pas le faire.

Complimentant Birbal, Akbar le récompensa largement. Plus tard dans la soirée, quand la femme de Birbal entendit ce qui s’était produit à la cour, elle l’affronta gentiment, lui demandant à l’avenir de ne plus donner ce genre de réponses risquées, et lui demandant aussi pourquoi il avait même fait ça ?

– Parce que, répondit calmement Birbal, c’était une question idiote.

Je suis de tout coeur d’accord avec Birbal. Pensez-vous vraiment qu’il y ait quelqu’un là-haut qui vous donne du bâton ou des bonbons selon la manière plus ou moins astucieuse dont vous faites appel à Lui ? J’en doute.

Dieu ne peut pas résoudre vos problèmes de relations parce qu’il ne les a pas créés au départ. Cela n’a rien à voir avec Dieu, l’Univers, la Nature ou avec n’importe quel nom que vous voudrez lui donner.

Nous souffrons quand nous sommes incapables de prendre en mains ni nous-mêmes, ni nos émotions, ni nos circonstances. Ne me comprenez pas de travers, je crois à l’existence de Dieu. La totalité de l’existence est Dieu, pour cette question. Je vois Dieu comme la compassion infinie, la beauté infinie et la béatitude infinie qui coulent d’un bout à l’autre de notre Univers infini. Mais je ne pense pas que d’être un guru en amour, un marieur ou un magistrat fasse partie de la description de son job. La Nature poursuit son cours sans faire de différence, avec impartialité, avec le plus grand détachement qui soit.

Un homme se rendit chez un tailleur chercher le costume qu’il avait donné à recoudre une semaine avant.

– Désolé, monsieur, dit le tailleur, ce n’est pas encore fait. Si Dieu le veut, ce sera prêt dans 3 jours.

Le client déçu revint trois jours plus tard mais obtint la même réponse.

– Si Dieu le veut, monsieur, je l’aurai terminé dans une semaine, sans aucun doute.

Le client cria sur le tailleur et s’en alla mécontent. A son plus grand chagrin, une semaine après, le tailleur n’avait toujours pas recousu le costume.

– Si Dieu le veut, plaida-t-il, il sera prêt dans 4 jours.

– Ecoutez bien, mon bonhomme, dit le client, laissez Dieu en dehors de ça. Dites-moi combien de temps ça va prendre si Dieu ne veut pas.

Imaginez qu’il n’y ait pas d’aide disponible qui vienne d’une source extérieure, comment ferez-vous pour trouver votre bonheur ? Car, pour être honnête avec vous, je ne pense pas que ‘Grâce’ veuille dire que les problèmes de notre vie vont se terminer. Je ne pense pas que nous prions ou que nous sommes religieux pour pouvoir persuader un Dieu de nous sortir de nos pièges de désirs.

Si le bonheur est ce que vous recherchez, commencez par supposer que personne d’autre que vous ne peut vous le donner. Quiconque veut qu’un autre le fasse se sentir comblé finit souvent par connaître plus de mécontentement.

Comme Goethe l’a dit un jour : “Par le pouvoir qui lie tous les êtres, celui qui se vainc lui-même se libère.”

La seule manière de mettre fin à notre souffrance est de nous vaincre nous-mêmes. Dans notre vie, les autres ne sont que des leviers et des catalyseurs de la souffrance que nous portons déjà en nous. ‘Souffrance’ est un autre nom de notre incapacité à assumer notre vie. Quand il s’agit de paix intérieure, plus notre acceptation et notre compréhension des circonstances et des gens qui nous entourent sont grandes et plus nous sommes en paix.

La voie de la félicité et de la paix commence avec la responsabilité. Faites des pas sérieux, dites des paroles sérieuses, agissez avec responsabilité. Avant longtemps vous trouverez la joie de la paix intérieure se presser contre votre conscience comme la brise printanière contre les arbres en fleurs, caressant votre âme, remplissant votre coupe. A partir du tapage des attentes, de même le bruissement de la cigale un jour d’été stridule avec passion depuis l’herbe sèche des désirs, tout votre être murmurera de félicité comme le gentil ruisseau de montagne sous le doux soleil d’hiver.

Soyez responsables. Soyez gentils. Soyez heureux.

 Sur un autre ton, j’ai fait l’autre jour un discours à Sydney à un petit groupe de dévots. Nous avons eu une soirée magnifique que nous avons terminée en chantant ensemble l’Aarti de Sri Hari. Vous pouvez l’écouter en cliquant sur le bouton ci-dessous:

Ou vous pouvez aussi le télécharger à partir de Soundcloud (ici). On peut aussi trouver les paroles sur la même page.

Je suis profondément reconnaissant envers Ramona Borthwick, l’une des professeurs de piano les plus talentueuses et les plus raffinées que j’ai jamais connues (ici). Elle m’a patiemment appris à m’essayer au piano, chose que j’avais toujours voulu faire. Ramona est celle qui a développé la mélodie et le bourdon au piano, je ne fais que la jouer. Si ça n’avait pas été elle, une dactylo ne m’aurait certainement pas fait connaître un piano. Ca a été un enregistrement impromptu. J’espère que vous l’aimerez.

Paix.

Swami

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