Une petite fille observait son grand-père qui se trouvait être un tailleur dans un petit village de l’Inde. Chaque fois que le vieil homme utilisait sa paire de ciseaux, il la mettait sous son pied et appuyait dessus avec son gros orteil. Et chaque fois qu’il utilisait son aiguille, il la plantait dans sa casquette. Une aiguille et une paire de ciseaux étaient pour ainsi dire ses seuls outils vestimentaires. La petite fille était quelque peu intriguée par ce comportement calculé et méticuleux.

“Grand-père, demanda-t-elle en jetant ses tendres bras autour de son cou et bloquant son travail, pourquoi se fait-il qu’à chaque fois les pauvres ciseaux sont pressés par tes pieds mais que l’aiguille pénètre dans ta casquette ?”

Le vieil homme rit et dit,”Mon innocente petite princesse,” l’aiguille mérite ce respect alors que mes ciseaux ont besoin d’être réprimés à chaque utilisation. “Mais pourquoi, dit-elle avec désapprobation, voire un peu méprisante ?” Cela n’a aucun sens !

“Vois-tu, mon enfant, lui dit-il en lui caressant la tête, les ciseaux coupent mais l’aiguille unit. Celui qui unit est toujours plus fort que celui qui divise.”

Cette histoire m’a tout de suite rappelé la légende d’Angulimala, le bandit qui tendait des embuscades et pillait les voyageurs, puis leur coupait les doigts pour en faire une guirlande (parlez de sadisme). Quand il fit face à Bouddha, il fut surpris parce que Bouddha ne montra aucun signe d’effroi. Angulimala tenta d’intimider l’illuminé en lui disant qu’il était le plus redouté et le plus fort de la région. Bouddha le défia de prouver son courage par une simple épreuve et il lui demanda de cueillir des feuilles d’un arbre voisin, ce qu’il fit sans effort.

“Maintenant, va remettre ces feuilles sur les branches, demanda Bouddha !” Est-ce une blague, rugit Angulimala ? Je ne peux pas remettre les feuilles sur l’arbre. Personne ne le peut !”

“Eh bien, si tu ne peux pas réunir ce que tu as cassé, tu n’es manifestement pas le plus fort.”

“Le peux-tu ?”

“Pour commencer, je ne casse rien, Angulimala, répondit Bouddha de sa manière calme habituelle. Celui qui fait cela est toujours plus fort que celui qui casse.

Ceux qui sont faibles et fragiles essaient de susciter la peur, mais ceux qui sont forts et éveillés suscitent l’amour. Il est facile de casser, de quitter, de jeter l’éponge car cela ne nécessite aucune force. Il est beaucoup plus difficile et c’est un véritable test de notre propre volonté et de notre ténacité que de faire le contraire.

Quand vous êtes abattu, déprimé et faible, quand la vie vous semble être un sombre cachot, avec des démons encore plus sombres dans ses coins effrayants, ayez de l’espoir, continuez d’avancer doucement. Car la raison est tout à fait simple : ça passera aussi. Et ça ne passera pas en boudant et en méditant sur vos problèmes et sur vos préjugés, mais en pensant et en faisant les choses différemment, en étant nouveau. Un vieil esprit enveloppé dans de vieilles tendances ne s’ouvrira pas à de nouvelles perspectives.

Avez-vous remarqué qu’en cas de coupure de courant ou de passage d’une pièce bien éclairée dans une pièce sombre, vous ne voyez rien au début ? Et que, quand vous y restez les yeux ouverts, votre iris s’élargit, les pupilles se dilatent, captent plus de lumière et vous commencez petit à petit à voir les objets dans la pièce. Il n’en va pas trop autrement dans la vie, quand vous êtes enveloppé par l’obscurité, vous avez alors deux choix. A : fermer les yeux de peur et être en colère contre les ténèbres. B : rester vigilant et garder les yeux ouverts.

L’éveil vous permet de voir et de vous déplacer dans l’obscurité. Bien que John Milton ait adopté une vision plus austère dans Le Paradis Perdu (ou Dante dans La Divine Comédie) :

Aussi loin que perce le regard des anges,

Il voit le lieu triste, déserté et désert,

Un donjon horrible, arrondi de toutes parts,

Comme une grande fournaise, flambloyait.

De ces flammes point de lumière, mais des ténèbres visibles

Servent seulement à découvrir des visions de malheur,

Régions de chagrin, d’obscurités plaintives, où la paix
Et le repos ne peuvent jamais habiter. L’espoir ne vient jamais,

Lui qui vient à tous. Mais là des supplices sans fin…

Buddha aussi a vu la futilité de tourner en rond et il a appelé ça la souffrance de la vie. Krishna a également appelé ce monde océan de souffrance éternelle (dukhalayam shashvatam), mais est-ce vraiment le cas ? Nos vies seraient-elles plus belles s’il n’y avait que du bonheur ou si tout allait exactement comme nous le souhaitions ? Qu’est ce que le bonheur, de toute façon ? Que seraient des couleurs sans contraste ? Notre planète serait-elle aussi envoûtante si le soleil ne se couchait jamais ? Aurions-nous connu la joie de regarder les étoiles, le bonheur d’un doux clair de lune, puis d’un sommeil réparateur ? Les mystères de l’Univers qui nous émerveillent, le scintillement de milliards d’étoiles dans le ciel, tout cela, mon ami, dépend de l’obscurité. Plus la nuit est sombre, plus la beauté est envoûtante. Passez une nuit dans l’Himalaya ou n’importe où ailleurs dans une région extrêmement sauvage et vous saurez exactement ce que je veux dire.

L’obscurité seule nous donne répit de nos faiblesses, car elle couvre tous nos péchés et nos folies comme une mère couvre son enfant de son châle pour que le bébé puisse dormir en paix. Et au fur et à mesure que vous vous éveillez à la lumière du jour, que vous devenez frais et énergique, vous êtes prêt à voir vos lacunes et vos limites et à y travailler.

Sans passer par les ténèbres, nous ne pouvons pas vraiment percevoir ou apprécier la lumière. Vous devez aussi avoir découvert à un moment ou à un autre que lorsque vous fermez les yeux dans le noir et que vous les rouvrez, vous voyez plus clairement. Ainsi, une période de repli n’est pas mauvaise en soi, tant que vous ouvrez finalement les yeux.

La plupart d’entre nous dorment toute leur vie, mais rares sont ceux qui réalisent qu’il est important de s’ouvrir à de nouvelles manières de penser et de vivre, car c’est ce qu’est l’éveil. En fait, c’est tout ce qu’est l’éveil : lorsque vous examinez ce dont vous avez peur, lorsque vous faites face à vos peurs et que vous embrassez vos ennemis (internes et externes), lorsque vous comprenez au-delà de tout doute que vous ne devez pas tuer l’ennemi mais l’animosité.

“Fais-moi mal, “demanda le masochiste avec envie.

“Non,” répondit le sadique avec plaisir.

Celui qui vous fait du mal et celui qui retire la joie dans la bouderie (le sadique et le masochiste) vivent tous les deux en vous. Ce sont simplement deux aspects de votre propre personnalité.

Construisez, ne cassez pas. Plus vous construirez et plus la nature vous bénira. Construisez vos ponts, comblez vos différences. Construire, c’est de la force, c’est le Dharma, c’est juste. Tout le monde peut abattre un arbre, c’est planter qui requiert de la compassion, du soin et de l’amour.

Si les anciennes façons de vivre et de penser vous font mal, il est tout à fait naturel que vous viviez et pensiez autrement pour sortir de l’obscurité. Lorsque le fait de garder les yeux fermés vous donne un cauchemar, il est logique que vous les ouvriez pour mettre fin à ce mauvais rêve. Tel est l’éveil. Et si je puis ajouter, l’éveil est la seule libération possible.

Rejoignez-moi demain au Swaminar. Détails dans l’app. Black Lotus.

Paix.

Swami

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