“Irons-nous vraiment au paradis ou en enfer après notre mort ?” m’a demandé quelqu’un l’autre jour.
“Non.”
“Que vous voulez dire ? Que les saintes écritures se sont trompées ?” a-t-il argué.

J’ai répondu par une anecdote que j’avais lue pour la première fois dans un discours du mystique soufi, Hazrat Inayat Khan.
Un disciple avait reçu l’enseignement de son maître pendant des années, mais n’avait pas encore eu d’expérience divine ou de compréhension claire de quoi que ce soit.

Un jour, il demanda à son maître :”Maître, veuillez m’accorder une vision du paradis. Cela fait tellement longtemps que je suis à votre service.”
“Mon enfant”, lui répondit le maître. “Va t’asseoir dans la pièce d’à côté. Ferme les yeux et reste calmement assis. Tu verras le paradis.”
“Vraiment ? C’est tout ce que j’ai à faire ?”
“Vas-y.”

Le disciple se rendit dans la pièce à côté et médita. Il eut bien sûr une vision, mais elle était loin de correspondre à ses attentes. Il n’avait vu qu’un vaste lieu. Il n’y a pas de beaux palais ou de fleuves de miel. Il n’y avait pas non plus de fleuves de lait ou de boucles de rubis. Les toits n’étaient pas ornés de diamants. Il n’y avait rien d’autre que des étendues arides à l’infini. Aussi déçu qu’intrigué, il retourna voir son maître.

“Ô mon murshid”, dit-il à son guide spirituel en essayant de cacher sa déception. « Maintenant que j’ai vu le paradis, j’aimerais bien voir à quoi ressemble l’enfer.”
“Hmm… ” Le maître caressa sa barbe blanche en bataille. “Très bien alors, va t’asseoir pour méditer. Tu auras une vision de l’enfer.”

Le disciple suivit ses instructions et une fois de plus, il ne vit rien d’autre que le même vaste lieu. Il n’y avait pas de serpents crachant du feu, de démons ou d’animaux féroces, personne ne se faisait écorcher, il n’y avait pas de chaudières d’huile bouillante. Partout où il regardait, dans toutes les directions, il n’y avait qu’un terrain vague s’étendant jusqu’à l’horizon. « Que diable ! » pensa-t-il. « Ce n’est certainement pas cela. ”
“Maître”, dit-il avec conviction. “C’était tout sauf une vision. Je n’ai vu ni paradis ni enfer.”
“Tu veux dire que tu t’attendais à voir des structures grandioses, des paysages magnifiques et une beauté surnaturelle au paradis ? ”
” Oui. ”
“Ou à voir des serpents, du feu, des démons ou d’indicibles tortures en enfer ?”
“Exactement.”
“Mon fils “, dit le maître. “Il n’y a rien là-bas. Tu devras tout emmener avec toi. C’est l’endroit où tout est rassemblé, tant les délices du paradis que les flammes de l’enfer. ”

Le paradis et l’enfer sont avant tout deux aspects de notre attitude face à la vie. Ce sont deux dépôts de nos émotions et de notre karma. Que l’atmosphère soit étouffante, qu’il sente bon ou mauvais, tout cela dépendra de ce que nous y avons entreposé. Lorsque nous sommes heureux et reconnaissants, nous sommes au paradis. Lorsque nous sommes en colère, perturbés ou jaloux, nous sommes en enfer. Les deux sont des phases, des étapes et des états cycliques de notre esprit.

Si nous voulons aller au paradis, nous devons simplement être attentifs à nos pensées, nos actions et nos paroles. Nous devons cultiver le pardon et la compassion dans nos cœurs. Nous devons apprendre la gratitude. Nous pouvons être ambitieux, mais nous devons rester reconnaissants. La satisfaction est la base de toutes les émotions positives. Et l’accaparement est la source de toutes les émotions négatives. Nous nous mettons en colère lorsque nous nous accrochons à notre notion du bien ou à la façon dont les choses devraient être, et que les choses ne se passent pas ainsi, par exemple. Nous sommes jaloux lorsque nous nous accrochons à une personne ou à ce que nous pensons être notre droit sur cette personne, et que cette personne ne répond pas à nos attentes, et ainsi de suite.

Les émotions sont aussi indissociables de l’esprit humain que les vagues de l’océan. Et pourtant, comme tous les autres choses que nous avons apprises dans notre vie, nous pouvons également apprendre à nous détacher de tout, à être reconnaissants. Il est possible que nous ne puissions séparer les vagues, mais nous pouvons être mieux préparés à faire face aux marées et tsunamis de désirs et d’émotions. Les Vedas appellent cela vairagya, un état de détachement agréable (que l’on apprend à travers l’abhyasa, la pratique) où nous oscillons entre diverses émotions, comme un ballon sur un terrain de football.

“Le ciel est la vision du désir accompli, et l’enfer l’ombre d’une âme en feu “, soutenait Omar Khayyam.

Les désirs ne peuvent toutefois être accomplis rien qu’en les satisfaisant. La satisfaction de certains désirs en suscite d’autres. Nous devrions plutôt aller à la source de nos désirs – notre esprit – et l’apprivoiser. Votre esprit écoute bien mieux lorsqu’il est en phase avec votre voix intérieure. Vous pouvez mieux définir vos priorités, vous pouvez réfléchir aux désirs qui importent vraiment pour vous plutôt que de vous laisser happer par chaque nouvelle chose qui vous vient à l’esprit. Seul un esprit concentré peut accueillir une conscience primordiale. Avoir une plus grande maison, une voiture plus rapide peut-être important à vos yeux ou non. Vous ne le saurez probablement pas tant que vous n’y aurez pas réfléchi sérieusement ou fait l’expérience vous-mêmes. De toute façon, tant que vous êtes conscients de vos choix, vous passerez plus de temps au paradis.

Un homme riche qui était profondément attaché à ses biens matériels parvint à emmener deux sacs remplis d’or avec lui au paradis. Un ange l’arrêta à l’entrée.
“Rien de ce qui provient de la terre n’est admis ici “, lui dit celui-ci. “Vous devez laisser ça ici.”
“S’il vous plaît “, supplia-t-il. “C’est très important pour moi. C’est ma vie. Laissez-moi les emmener avec moi. ”
L’ange essaya de lui faire comprendre que ce n’était simplement pas possible, mais devant son insistance, il accepta de voir au moins de quoi il s’agissait.
“Quoi !” s’exclama l’ange à la vue de l’or dans les sacs. “Vous avez apporté des pavés ?”

Face à cette création infinie aux proportions inimaginables, les biens que nous avons acquis et nos réussites ont peu d’importance. Notre monde à nous est plus petit que le plus petit grain de poussière au monde. En fin de compte, face au monde entier, ce qui importe, ce n’est pas à quel point votre compte bancaire est garni, mais votre grandeur d’âme. Beaucoup de milliardaires mènent une vie douloureusement solitaire. Ils n’ont souvent aucun capital spirituel.

Nos actes désintéressés contribuent à croître notre capital spirituel. Il faut une grande richesse spirituelle pour entrer au paradis avec humilité ou en enfer avec grâce. Et pour bâtir une telle richesse, nous devons vivre avec un sentiment de gratitude. La gratitude n’est pas qu’une question de reconnaissance, il s’agit aussi d’être bon et bienfaisant. Lorsque vous mangez dans un restaurant et que vous profitez d’un bon repas, vous vous sentez comblés. C’est bien. Vous remerciez Dieu. C’est bien. Mais c’est en donnant un pourboire au serveur que vous exprimez vraiment votre gratitude. C’est lorsque vous remerciez sincèrement cette personne que vous créez votre richesse spirituelle.

La totalité de vos recours lorsque vous vous sentez tristes et déprimés est directement proportionnelle à la richesse spirituelle que vous avez acquise et conservée. Et l’élément clé, c’est qu’on ne peut pas en emprunter. Cette richesse se mérité.

Chaque geste altruiste, chaque témoignage de gratitude, chaque mot gentil, chaque pensée bienveillante fait de nous ce que nous sommes. Ils créent notre monde. Le paradis ou l’enfer n’est pas seulement en nous, c’est nous.

Soyez bons. Appréciez votre bonne fortune.

Sur un autre plan, j’ai deux annonces importantes à vous faire.

1. Au moment où vous lirez cet article, j’aurai entamé une période d’isolement de six mois, durant laquelle je serai injoignable. Je suis en train de finaliser et de planifier à l’avance mes articles bihebdomadaires afin que vous continuiez à les recevoir tous les premier et troisième samedis du mois. La parution de mon prochain livre sur la science du mantra sera aussi annoncée le mois prochain sur ce blog. Et surtout, l’application mobile de méditation que je vous ai promise il y a près de deux ans sera également lancée dans les trois semaines qui viennent. Selon toute probabilité, les liens de téléchargement seront affichés ici avec mon prochain article. Cette application s’appelle Black Lotus (le Lotus Noir) et grâce à elle, nous pourrons méditer ensemble à travers le monde à des heures prédéfinies (nous planifierons ces méditations à l’avance) ou seuls à chaque fois que vous le souhaitez.

2. Je suis très heureux d’annoncer la tenue de trois camps de méditation non résidentiels en 2018. En excluant l’hébergement et en maintenant la qualité des retraites précédentes, nous avons pu réduire considérablement le prix, soit de 70 %. J’espère que c’est désormais abordable pour tous ceux qui souhaitent apprendre la méditation. Comme d’habitude, les places sont limitées et vous pouvez vous inscrire en consultant les liens ci-dessous :

1. Bangalore : Stage de méditation en anglais. 26 au 28 janvier.
2. Bangalore : Stage de Gayatri Sadhana en anglais. 2 au 4 février.
3. Delhi : Stage de méditation en hindi. 21 au 23 avril.

Entretemps, prenez soin de vous-mêmes et des autres.

Paix.
Swami

Partagez avec vos amis: Share on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0Google+0Email to someone