On était en mai 1986, j’avais six ans et demi et je venais de passer en deuxième année à l’école. C’était très barbant. Dans ma classe, toutes les leçons étaient faites par la même professeur. Tous les jours, pour toutes les matières, quoique nous fassions à l’école, je devais aller chez moi et le refaire. Tel était le devoir. Chaque jour. Par exemple, si je faisais trois additions en maths et que j’écrivais quatre phrases en anglais, je devais aller à la maison et réécrire exactement la même chose.

J’ai fait ça pendant deux semaines avant d’y perdre intérêt. Pensant que j’étais plus malin que ma professeur, j’ai pensé qu’il n’y avait aucune raison pour que je suive ses instructions. Après tout, la seule différence entre ce que je faisais en classe et ce que j’écrivais à la maison était D.C. (devoir en classe) et D.M. (devoir à la maison). Sur le coin gauche de mon cahier, si je pouvais changer D.C. par D.M., ça deviendrait devoir à la maison.

Après cette profonde prise de conscience, je me suis figuré que je n’avais pas à étudier à la maison. Dès que j’arrivais chez moi, j’ouvrais mon cahier, j’effaçais le C et j’écrivais M. Toutes les fois que mes parents me demandaient si j’avais terminé mon devoir, j’opinais simplement de la tête avec assurance et j’exhibais mon cahier. Ça a vraiment bien marché pendant un mois environ. Puis l’inévitable est arrivé.

“Présentez-moi vos cahiers que je vérifie,” annonça ma professeur à la classe.

J’ai essayé d’y échapper mais c’était une petite classe. Je lui ai dit que je l’avais oublié à la maison et que je l’apporterais le lendemain. J’avais espéré qu’elle l’oublie mais elle ne l’a pas oublié. Elle m’a redemandé mon cahier et j’y ai été obligé.

“Qu’est-ce que c’est que ça, a-t-elle dit en feuilletant les pages ? “Tout ça, c’est des devoirs à la maison, où est ton cahier de classe ?”
Elle pensait que je pouvais avoir 2 cahiers différents, un pour la classe et un pour les devoirs à la maison.
“Je l’ai oublié chez moi, ai-je menti. Je l’apporterai demain.”
Je suis retourné à ma place, à la fois soulagé et effrayé. Le lendemain, je n’étais pas malade, il n’avait pas plu à seaux, aucun politicien célèbre n’avait été assassiné, je n’avais pas mal au ventre, ma tête allait bien, je n’avais donc pas d’excuse pour ne pas aller à l’école. Je ne voulais pas y aller mais je le devais.

“Où es ton cahier, m’a-t-elle demandé dès que la classe a commencé, comme si ce n’était pas mon cahier mais son chèque de prime qu’elle ne pouvait pas attendre de voir.
J’ai traînassé et prétendu que je le cherchais dans mon sac mais elle ne l’a pas entendu comme ça.

“Viens ici, a-t-elle ordonné !
Mon cœur cognait. Je suis allé lentement jusqu’à elle, la tête pendante, regardant sans cesse le sol. Je pouvais voir des particules de poussière sur le sol en béton, un minuscule morceau de craie était coincé à la jointure de deux dalles.

“Où est ton cahier, cria-t-elle ?” Il était clair que je la frustrais et que je l’irritais.
“Je ne l’ai pas.”
“Que veux-tu dire, tu ne l’as pas ?”

Je lui ai dit ce que j’avais fait le mois passé, que j’avais simplement effacé le C de D.C. et que je l’avais remplacé par le M. J’allais dire que j’étais désolé quand, paf, elle m’a lancé la main à travers la figure.

Mon monde s’est arrêté, l’environnement a disparu.

C’était un coup spectaculaire, une gifle retentissante qui m’a pris complètement au dépourvu. Le côté gauche de mon visage me piquait, me brûlait. Je n’avais jamais été giflé et je n’avais pas la moindre idée que ça faisait aussi mal. Il y a eu dans la classe un silence où l’on aurait entendu une mouche voler. En étant là, la tête toujours baissée, un sentiment de honte souilla mon visage maussade. J’étais la brebis galeuse.

Quelles que soient la force et la rébellion d’un enfant, qu’il ou elle semble bien le prendre, l’abus physique détruit totalement votre amour-propre.

Elle a écrit une longue observation sur mon agenda, disant à quel point non seulement j’étais irresponsable et menteur, mais que j’avais aussi triché et que je n’avais jamais fait mes devoirs à la maison (apparemment, transformer D.C. en D.M. ne comptait pas comme devoir à la maison). Elle m’a demandé de faire signer l’observation par mon père.

Une longue journée s’est passée, je suis allé à la maison et j’ai imploré ma père de signer la note à la place de mon père. Ça faciliterait les choses, lui ai-je dit. Mais elle a gentiment refusé et a dit que quand il s’agissait de mon éducation, elle n’aimerait pas cacher la vérité à mon père. Pour toute autre chose, elle y aurait réfléchi, mais pas pour cela.

“Dis-lui seulement toute la vérité, ma mère m’a-t-elle encouragé.

Comme un doux veau, je me suis approché de mon père et je lui ai fait part de ce qui s’était produit à l’école. Je lui ai dit que je n’avais pas fait mes devoirs à la maison et que j’en étais désolé. Je lui ai donné l’observation à signer.

“Es-tu vraiment désolé, a-t-il demandé ? Tu ne dis pas ça seulement pour éviter un discours, n’est-ce pas ? ”
“Je suis vraiment désolé, ai-je murmuré.”
“Promets-tu de ne pas recommencer ?” Il m’a regardé gentiment, m’a pris près de lui et m’a caressé la tête.
“Oui, Papa.
“Je vais signer pour cette fois, m’a-t-il puni gentiment, mais, s’il te plaît, ne triche plus jamais. S’il t’arrive de ne pas avoir envie de faire tes devoirs à la maison, c’est ok. Dis-le moi seulement. Mais il n’est pas question de tricher.” J’ai dit oui de la tête. Il ne m’a pas fait de grand discours ni prêché la morale. Ça a été toute la conversation.

“Si vous avez un problème, appelez-moi, a écrit mon père en retour à ma professeur, mais ne touchez plus jamais mon enfant. Vous n’avez pas à le frapper. Jamais.”

Je suis retourné à l’école la tête haute. Ma professeur a sourcillé en lisant la réponse, n’en a rien dit et m’a demandé de retourner à ma place. Le soutien et les paroles de mon père à ce moment-là n’étaient pas seulement apaisants et réconfortants, en fait ils sont devenus dans ma vie des graines de vérité et d’intrépidité. J’ai estimé que je pouvais lui faire part de mes pensées et de mes erreurs. Savoir qu’il essaierait de comprendre et non pas de me punir à cause de mes erreurs de jugement et d’action est devenu un grand soutien de ma force.

Quand nous naissons, nos premiers idéaux sont pratiquement toujours nos parents. Il ne fait aucune doute que le fait d’être parent est peut-être la fonction la plus difficile au monde (bien plus même que le fait d’être mari ou femme). Le fait demeure que le comportement des parents – envers les autres, envers leurs enfants (et l’un envers l’autre) – est le seul élément très important qui a de l’influence sur les valeurs centrales de leurs enfants. Les enfants observent.

Je ne veux pas dire que les parents doivent tout le temps traiter leurs enfants avec des gants de soie. (Cela peut être tout aussi nuisible à une saine éducation). Vous devez être ferme quand vous devez l’être. C’est simplement qu’une famille dans laquelle on encourage la vérité, où l’on communique ouvertement, où l’on ne sermonne pas les enfants pour toute action contraire à l’approbation d’un parent, une telle famille est obligée de jouir d’une grande liaison et d’un grand amour. Les enfants qui sont élevés dans de telles familles deviennent en grandissant des individus sûrs d’eux-mêmes. Ces enfants deviennent des adultes compatissants et de grands dirigeants.

Un étudiant s’était préparé toute la nuit à une épreuve de zoologie, mais quand il est venu dans la matinée pour la passer, le professeur avait préparé un plan surprise. Il y avait de nombreuses cages avec des oiseaux à l’intérieur. Les grilles étaient si recouvertes que vous ne pouviez voir que les pattes des oiseaux. C’était un examen oral qu’il faisait passer individuellement.

“Vous allez me dire le nom de l’oiseau en regardant ses pattes, annonça le professeur.”

L’élève était furibond parce qu’il ne s’attendait pas du tout à ça. Il échoua misérablement à l’épreuve et quitta rapidement la salle.

“Attendez, s’écria le professeur ! Comment vous appelez-vous ? Je dois le noter.”

“Vous, dites-moi mon pote, …
L’élève se retourna, souleva son pantalon et cria :
“… Regardez mes pieds et devinez mon nom !

Je ne pense pas que nous puissions totalement blâmer nos enfants pour leur manque d’intérêt aux études parce que notre système actuel d’éducation est profondément défectueux. Il est conçu pour un monde industriel et non pas pour un monde créatif. Il s’efforce de vous transformer en un penseur moyen de telle sorte que vous puissiez être utile à la société moyenne. Il encourage à la conformité et non à la découverte. Nos inventions, nos recherches et nos talents doivent adhérer à ses standards. Plus de quatre-vingt pour cent de ce que j’ai étudié à l’école, je ne les ai jamais utilisés dans ma vie réelle. C’est un grand gaspillage de temps et d’énergie. Alors il n’est pas surprenant que nous soyons de plus en plus plus nerveux et distraits que jamais avant d’étudier des choses dont nous ne voulons pas, en poursuivant des carrières que nous n’aimons pas, en vivant des vies que nous exécrons presque.

On pourrait éviter la plus grande partie de cela si les enfants pouvaient recevoir une petite tape dans le dos au bon moment, un mot d’encouragement de leur professeur, une marque de compréhension de leurs parents, un peu de compassion, un tout petit peu d’empathie. C’est tout ce que cela demande pour transformer des esprits moyens en penseurs extraordinaires. Plus que des frères et des sœurs, plus que des camarades, plus que des amis, plus que la religion, les deux cercles de gens qui font le plus de différence dans la vie d’un enfant sont les parents et les professeurs. D’autant que parfois les rôles sont interchangeables.

En tant que parent, les choses peuvent parfois devenir extrêmement difficiles et vous pouvez alors lâcher des paroles blessantes et ce genre de choses. Je ne veux pas que vous vous sentiez coupables. Si les enfants peuvent faire des erreurs, il en va de même pour les parents. Ayez seulement un grand cœur, admettez votre erreur et redevenez affectueux.

Vous ne pouvez pas vous faire comprendre en criant ou en devenant violent. En fin de compte, l’amour est la seule manière de transformer quelqu’un. Vous pouvez être ferme tout en étant affectueux. Si vous voulez être affectueux et être patient, ils se raviseront. Tel est le pouvoir de l’amour, et à mon avis l’essence et d’une bonne parentalité et d’une bonne éducation. Aucune autre personne ne pourra jamais rentrer dans les chaussures d’un parent affectueux.

Ne vous inquiétez pas. Quelque erreur qu’il puisse y avoir, ce n’est pas la fin du monde. Si vous voulez que vos enfants soient véridiques et courageux, créez un environnement favorable.

Soyez doux. Soyez affectueux. Car ce qui est né de l’amour ne peut être transformé que par l’amour.

Par ailleurs, je suis très heureux d’annoncer ma première oeuvre de fiction – Le Dernier Gambit. Publié par Harper-Collins, c’est l’histoire d’un jeune garçon et de son professeur d’échecs. J’espère que vous apprécierez cette lecture (disponible en paperback et Kindle). Voici les liens appropriés pour obtenir ce livre:, :
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Paix.

Swami

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