Le vide est un véritable sentiment. Ce n’est pas un trouble. Ce n’est pas seulement de la solitude, de la tristesse, de la confusion ou une coupure, mais c’est un mélange de tout cela. Chacun de nous fait à un moment donné l’expérience d’une phase de vide douloureux. L’autre jour, je suis tombé sur une belle citation anonyme :

J’agis comme si tout allait bien. Je ris des plaisanteries des gens, je fais des bêtises avec mes amis et j’agis comme si j’avais une vie sans soucis. Mais c’est amusant. Quand je rentre chez moi, j’appuie seulement sur cet interrupteur mental. Alors je m’effondre rapidement. Je me sens seul, vide, fatigué. C’est comme si j’étais deux personnes différentes. Une pour le public et une pour moi-même. Si seulement ils savaient ! Si seulement !

Je me demande pourquoi. Pourquoi sommes-nous plus seuls que nous ne l’avons jamais été ? Pourquoi sommes-nous plus vides même quand nous paraissons tout avoir ? Comme si la plénitude de la vie se mesurait en degrés de vide. Permettez-moi de partager avec vous une anecdote simple mais belle que j’ai lue alors que j’étais petit enfant.

Un bambin était occupé à jouer au soleil avec ses jouets. Après quelque temps, il remarqua qu’un être mystérieux se tenait près de lui en imitant ses actions. Fasciné et intrigué par ce jeu, il essaya d’attraper son compagnon. Mais, même en faisant tout son possible, il lui fut impossible de toucher son visage ou de l’attraper. Comme les pôles d’un aimant se repoussent l’un l’autre, son ami sembla s’éloigner de lui.

L’enfant se mit à pleurer de désespoir et sa mère arriva en courant. En gazouillant de manière adorable, il expliqua qu’il voulait tenir son ami.

“C’est ton ombre,” dit la mère en riant de son innocence. “Tu ne peux pas attraper ton ombre. ”

Mais l’enfant ne comprit pas ce qu’elle essayait de lui dire et il ne voulait pas en entendre parler. Il cria même plus fort.

La mère lui prit gentiment la main et lui demanda de se toucher la tête, de se caresser le visage. L’ombre fit exactement la même chose; en s’étreignant lui-même, il put aussi tenir l’ombre. L’enfant rit comme s’il avait déterré le plus grand des trésors.

Les plaisirs de la vie sont comme notre ombre. Je ne dis pas qu’ils ne valent rien ou que de courir après soit futile. Mais les poursuivre est une question de jeu, c’est tout au plus un tête-à-tête avec votre propre reflet. Tout va bien tant que nous jouons avec eux en jouissant de leur nature passagère. A partir du moment où nous voulons nous en saisir, la lutte commence. La seule manière raisonnable est de vous attraper vous-mêmes.

De la même manière que le centre de gravité détermine l’équilibre de tout objet physique, nous avons un centre de félicité qui affecte notre équilibre émotionnel et spirituel.

Jusqu’à ce qu’un enfant apprenne à ramper ou à marcher, sa mère est tout son monde. Le lait de Ma est la nourriture la plus douce qui soit et ses genoux sont ressentis comme l’endroit le plus sûr. Son centre de félicité, c’est sa mère. Au fur et à mesure que l’enfant grandit un peu, son attention oscille entre ses jouets et sa mère. Il veut alors sortir des genoux de sa mère et jouer avec son camion de pompiers ou sa voiture de police. Son centre de félicité se déplace de sa mère vers ses jouets.

Quelques années passent et l’enfant veut maintenant jouer avec ses amis. Les jouets d’avant ne le fascinent plus. Le jeu de “coucou !” avec lequel il avait l’habitude de jouer avec sa mère est maintenant embarrassant et risible. Le centre de sa félicité s’est encore une fois déplacé. Ce ne sont plus ses jouets ni sa mère, mais ce sont ses amis et ses propres rêves qui commencent à occuper son esprit.

Il grandit et son attention se déplace invariablement vers les plaisirs des sens. Le jeune qui grandit veut maintenant rester hors de chez lui, hors de surveillance, et il veut s’amuser. Il a besoin de plus que ce qu’il a pour jouir de plus que ce qu’il peut. Son centre de félicité se divise entre les plaisirs charnels et les jouets des grands garçons.

Tourné vers l’acquisition de la richesse, ses ambitions le poussent à travailler plus dur. Il obtient un emploi, commence à gagner sa vie et il rejoint la course qui consiste à avoir de plus en plus. A cet âge, ce n’est pas fatiguant mais stimulant. Il y a une sensation de réussite et de joie dans le progrès matériel, parce que son centre de félicité est maintenant sa carrière. L’attachement aux gadgets demeure comme le fait le désir (ou le besoin) pour les plaisirs corporels, mais la fascination commence à s’estomper. Ces choses deviennent partie de la vie courante.

Une fois qu’il a une famille, quelques années de plus passent et il est occupé à prendre soin de ses enfants et de sa famille. Tous ceux qui sont autour de lui se concentrent sur leurs propres vies et un jour, tout à coup, il (ou elle) prend conscience qu’il est seul. Seul. Tout seul. C’est alors que le vide le frappe très durement. Mère, jouets, éducation, réussite, sexe, richesse, famille ne sont plus son centre de félicité. Il n’est pas prêt à renoncer aux plaisirs parce que comme sa vie serait vide sans eux, pense-t-il !

Mais tenir à ces plaisirs n’est que d’une petite aide. Le vide continue à le hanter et à le conduire à la confusion, à la solitude et à un sentiment de manque. Il semble ne pas y avoir d’issue. La vie semble n’avoir ni but ni sens. Aucune direction ni aucun charme. Oubliés le contentement et le bonheur !

L’important est d’avoir votre centre de félicité enraciné dans votre monde intérieur. Il n’est jamais trop tard pour le découvrir. Et si vous me croyez, alors laissez-moi vous dire que cette découverte ne commence pas avec la méditation. Elle n’en est qu’une part minuscule (votre centre d’attention ne détermine pas votre centre de félicité). Mais le voyage intérieur de la découverte de vous-mêmes commence en cultivant consciencieusement les émotions de contentement, de reconnaissance et de compassion.

Vous ne pouvez pas être vide si vous êtes content, vous ne pouvez pas être triste si vous êtes reconnaissant, vous ne pouvez pas être en colère si vous êtes compatissant.

Remplissez-vous d’amour. Cela en vaut la peine. Réajustez vos pensées, pour pouvoir réaligner vos émotions.

Les écritures l’appellent shunayata (IAS : śūnyatā), du mot Sanskrit shunya qui veut dire zéro ou vide. C’est l’essence de la vie et de tous les phénomènes perceptibles.

Dans la sombre nuit de l’âme, quand vous perdez votre propre reflet, quand le vide douloureux devient de la solitude insupportable, ne cédez pas et attendez l’aube. Le soleil se lèvera de nouveau et les ombres des joies vous fascineront une fois de plus. Mais ayez à l’esprit que les ombres ne sont que cela : des ombres. Elles sont impermanentes et instables. Tout est ainsi. C’est la vie. C’est bien. C’est beau.

Paix.
Swami

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