Quelqu’un m’a demandé l’autre jour : “Dois-je quand même dire la vérité si elle contrarie l’autre ? Je ne fais rien de mal mais mon partenaire ne veut tout simplement pas écouter ma vérité.”

J’ai constamment entendu des variantes de cette question. Vivre dans notre monde où les épines des mensonges semblent fleurir alors que les fleurs de la vérité dessèchent, c’est un dilemme ordinaire.

Il y a cinq ans, à l’aube de l’année 2011, j’ai juré que je ne dirai que la vérité. Cela n’a pas été facile. Non, non pas parce que souhaite vous cacher quelque chose. Ça a été un défi parce que la vérité n’est pas toujours confortable à entendre pour celui qui écoute. Peut-être est-ce la raison pour laquelle nombre d’entre nous disons tout le temps des mensonges. C’est si facile de plaire à l’autre avec un mensonge. Même enfant, on vous blâme et on vous réprimande quand vous dites la vérité, mais dites un mensonge et vous évitez le stress et le conflit (au moins pour un petit moment). Ceci dit, il va de soi qu’un menteur ne peut pas être en paix.

J’ai lu un jour une histoire dans le Rom Rom Mein Ram de Rajendra Arun.

Dans un petit village, un boucher parvint à prendre le contrôle d’une vache errante. Alors qu’il était absorbé à aiguiser son couteau pour tuer la pauvre créature, la vache réussit à s’enfuir. Quelques minutes plus tard, voyant que la vache n’était plus attachée, il se mit à la chercher.

A la lisière du village vivait un ascète. Il vit la vache passer en courant devant sa hutte. L’ascète sortit pour suivre la vache mais il fut arrêté par le boucher avant même de pouvoir mettre ses chaussures.

“Avez-vous vu une vache passer par ici, demanda-t-il ?”
Les yeux du boucher étaient rouges de colère et il tenait fermement son couteau. L’ascète aurait pu sauver la vie de la vache en mentant (ou même en restant silencieux) mais il pensa qu’il était plus important de respecter son vœu.

“Oui, dit-il au boucher en montrant la direction que la vache avait prise, elle doit être quelque part par là.

Le boucher s’élança vers la vache et la mit à mort. Quelques années après, l’ascète mourut et aboutit en enfer.

Complètement surpris, il questionna Yama, le dieu de la mort. “J’ai toujours dit la vérité. Je suis sûr que je ne mérite pas d’être en enfer. Pourquoi suis-je ici ?

“A quoi sert ta vérité si elle coûte la vie à une créature innocente et muette, répondit Yama.

“La compassion, et non l’adhésion, est la base de la pure vérité.”

La morale de cette histoire, ce n’est pas que vous devez dire des mensonges simplement parce que la vérité coûte cher. Elle veut seulement dire que, plus qu’une stricte soumission à un certain principe ou à une certaine règle, on doit considérer le temps, le lieu et les circonstances. Ceci m’amène au coeur du sujet. Il y a deux types de vérités. Pure et impure.

Dans la vérité impure, vous ne vous occupez que de déclarer ce que vous connaissez comme étant la vérité, sans réfléchir aux répercussions que peuvent avoir vos déclarations sur l’autre personne. J’ai lu un jour une citation : “Il y en a qui sont si brutalement véridiques qu’il semble presque qu’ils se réjouissent plus d’être brutaux que d’être véridiques.” Dire la vérité ne veut pas dire que l’on doive employer des mots rudes ou durs. Vous pouvez aussi vous faire comprendre avec des paroles douces. Mais quand vous dites la vérité pure, vous prenez le temps de réfléchir à l’impact de vos déclarations. Seule la vérité pure jaillit de nobles intentions et de sentiments compassionnés. Dans le cas de la vérité pure, vous ne tentez pas de faire une remarque. Au lieu de cela, vous dites gentiment la vérité (et pas seulement votre opinion) en gardant à l’esprit l’avantage de l’autre.

La vérité impure, si véridique que puisse être l’affirmation, ne fait que stimuler l’ego et n’aide pas l’autre personne parce que dès que vous élevez la voix ou que vous faites des remarques désobligeantes, vous perdez l’interlocuteur. Cela n’atteint pas l’objectif. Au contraire, la vérité pure, c’est de partager (et non de dire) ce que vous savez. C’est de permettre à l’autre de voir votre perspective ou à vous de voir la sienne.

Dans le passé, j’ai discouru plusieurs fois sur le passage que je préfère du Majjhima Nikaya, un sutra bouddhiste. Je cite à partir de mon propre gribouillage sur Tumblr :

La sympathie est plus puissante que la vérité. Le fait de simplement connaître la vérité et de la dire, ce n’est pas assez. On doit évaluer les cinq points de vue de la vérité et le temps approprié (sixième considération) avant de la dire. Le Prince Abhaya demanda un jour à Bouddha s’il lui était jamais arrivé de dire des paroles dures et désagréables. Bouddha dit d’abord qu’il n’y avait pas de réponse catégorique ‘oui’ ou ‘non’, et par la suite le Vénérable dit :

Dans le cas de paroles que le Tathagata sait être non factuelles, fausses, non bénéfiques (ou : sans rapport avec le but), non attachantes et désagréables pour les autres, il ne les dit pas.

Dans le cas de paroles que le Tathagata sait être factuelles, vraies, non bénéfiques, mais non attachantes et désagréables pour les autres, il a le sens du moment qui convient pour les dire.

Dans le cas de paroles que le Tathagata sait être non factuelles, fausses, non bénéfiques, mais attachantes et agréables pour les autres, il ne les dit pas.
Dans le cas de paroles que le Tathagata sait être factuelles, vraies, non bénéfiques mais attachantes et agréables pour les autres, il ne les dit pas.

Dans le cas de paroles que le Tathagata sait être factuelles, vraies, bénéfiques, attachantes et agréables pour les autres, il a un sens du temps qui convient pour les dire. Pourquoi cela ? Parce que le Tathágata a de la sympathie pour les êtres vivants.

[Abhaya Sutta: Au Prince Abhaya (MN 58), traduit du pali par Thanissaro Bhikkhu.]

Si vous souhaitez vraiment faire l’expérience de la paix qui se fait jour quand on mène une vie véridique, je vous recommande fortement de réfléchir profondément et patiemment à ce passage et de l’adopter dans votre vie. C’est au moins la manière dont je pèse mes mots avant de les faire tomber de mes lèvres. Si jamais vous la pratiquez pendant quelques mois, quelque chose de merveilleux arrivera. Vous deviendrez de plus en plus attentif à vos paroles. Au fur et à mesure que vous continuerez à marcher sur la voie de la vérité, votre conscience continuera de s’élargir.

Un jeune garçon astucieux dit à son camarade de classe que la plupart des adultes ont au moins un sombre secret et que tout est possible si vous les menacez en leur disant que vous connaissez la vérité.

Le garçon va chez lui et dit à sa mère qui vient de raccrocher le téléphone. “Je sais toute la vérité.”
Sa mère lui tend vite 20 $ et dit. “Promets-moi de la garder pour toi.”
Heureux de ce gain facile, le garçon murmure le soir à l’oreille de son père. “Je sais toute la vérité.”
Le père lui donne 50 $ et dit. “S’il te plaît, n’en dis pas un mot à ta mère.”
Le lendemain, il voit le facteur à sa porte. Espérant se faire un peu plus d’argent, le garçon l’accueille en disant. “Je sais toute la vérité.”

Ah bon, s’exclame le facteur ?” Et il tombe à genoux. Jetant son sac sur le côté, il ouvre les bras et s’écrie. “Alors viens embrasser ton papa !”

Ce qui est drôle, c’est que, pour un menteur, ce ne sont pas les autres mais c’est son esprit à lui qui le fait chanter tout le temps. Plus nous mentons, plus fort est le bavardage intérieur et plus grandes la peur et l’insécurité. La vérité ne connaît aucune anxiété. Une vie véridique est une véritable vie. .

Par véridique, je ne veux pas dire que tout ce que vous dites ou faites doive être rendu public. Vous avez droit à votre espace personnel et à votre intimité. Par véracité, j’entends un degré d’ouverture, une sorte de transparence. La vérité, c’est de ne pas dire de mots qui trompent l’autre en lui faisant croire quelque chose que vous savez faux. Souvent, plus que l’action elle-même, c’est le mensonge qui blesse l’autre.

De toutes les choses que j’ai jamais essayées dans ma vie, rien n’a été plus gratifiant que le fait de mener une vie véridique. Là où tout le reste échoue, la vérité fonctionne. Quand rien n’aide, la vérité le fait. La vérité est le seul point d’ancrage à long terme d’une vie heureuse. Elle vous rachète. En fait, la voie de la vérité est la seule voie de salut. Car la vérité est libération. C’est le seul but. Le reste, ce ne sont que les moyens.

Paix.
Swami

Partagez avec vos amis: Share on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0Google+0Email to someone