“Swamiji, me dit mon père l’autre jour,”. “la vie m’a appris que l’on doit faire seul son voyage.”

Il était un peu perturbé, voire désemparé, car il avait récemment été victime d’un appel téléphonique frauduleux lui disant que sa carte bancaire était bloquée. Le (mé)conduisant à travers une série de mesures, le correspondant a réussi à extraire les bons détails et il a dépensé la totalité de la pension de mes parents sur plusieurs sites Web en moins de deux minutes. La banque a conclu que c’était dû à la négligence de mon père parce qu’il avait partagé le mot de passe de transaction avec le correspondant et, naturellement, la police n’a pas pu faire grand chose parce que l’appel a été tracé comme venant d’un autre état de l’Inde.

Dans le grand schéma des choses, ce n’est rien : perdre une pension d’un mois quand vous avez gagné pendant plus de quatre décennies. Mais, dans le cas d’une perte, il s’agit rarement de la nature absolue de la perte elle-même ou de son ampleur mais plus de la façon dont nous nous sentons victimisés. Un incident inattendu et indésirable peut même surprendre les plus sages. Il lui a fallu plus de deux semaines pour accepter le fait qu’il avait été trompé. Ma mère, d’un autre côté, était cool comme une brise d’hiver et n’a même pas cligné des yeux à cette perte monétaire. Deux personnes sous le même toit, supportant la même perte, sont affectées différemment. Comme nous vivons dans un monde magnifique et fascinant !

“J’ai vu,” a ajouté mon père en racontant son enfance difficile, “que personne n’est là quand vous souffrez. Seuls votre cran et la grâce de Dieu vous aident à naviguer, personne d’autre ne peut aider.”

Je savais d’où il venait parce que beaucoup de gens que je rencontre se sentent complètement seuls quand ils sont abattus. Ils ne sont généralement pas seuls mais même avec toute l’aide des alentours, la solitude semble s’infiltrer comme l’eau à travers des fissures. Des fissures dans notre conscience, dans notre compréhension de nous-mêmes et de notre vision de la vie. C’est pourquoi Bouddha a estimé que samyaka dṛṣṭi (la vision juste de la vie) était l’un des éléments les plus importants de la réalisation de soi. Krishna rappelle aussi à plusieurs reprises à Arjuna la nature impermanente de toute chose et que l’on doit naviguer avec courage à travers la dualité de la vie (mātrā-sparśhāstu kaunteya śhītoṣhṇa-sukha-duḥkha-dāḥ … BG 2.14.) Il continue en disant d’oublier les choses, même tous les gens que vous aimez ou que vous haïssez : eux non plus un jour ne seront pas dans votre vie ou vous dans la leur (avyaktādīni bhūtāni vyakta-madhyāni bhārata … BG 2.28) alors pourquoi ruminer ?

La perte dans (et de) la vie n’est pas une question de ‘si’, mais de ‘quand’.

Quoi que ce soit à quoi nous sommes attachés ou que nous chérissons en notre coeur, le perdre n’est qu’une question de temps. C’est inévitable.

“Bien sûr,” lui ai-je dit, “personne ne peut prendre part à nos souffrances. Je suis d’accord. C’est une question personnelle. De même que personne d’autre ne se sentira rassasié ou affamé si vous avez un repas copieux ou si vous en êtes privé.”
Il a hoché la tête, soulagé que moi, qu’il considère aussi comme son guru, j’aie validé son point de vue.

“Mais,” ai-je continué, “ils peuvent partager votre perte, ils peuvent partager votre douleur. Vous ne pouvez pas transmettre la satisfaction d’un bon repas, mais vous pouvez partager votre nourriture avec eux. Ensuite, qu’ils se sentent rassasiés ou souillés, ça les regarde. Et c’est ce qu’est la souffrance : ce n’est pas ce qui nous arrive mais comment nous voyons ce qui nous arrive. Ce n’est pas la situation à proprement parler qui gouverne nos sentiments, mais notre interprétation. Changez l’interprétation et les sentiments changent d’eux-mêmes.”

Vous ne pouvez pas changer vos sentiments simplement en voulant les changer, peu importe à quel point vous êtes désespéré ou déterminé. Vous devez savoir ce qui suscite en vous ces émotions. Allez à la source. Ce pourrait être un incident ou un ensemble d’incidents, certaines personnes, etc. Puis demandez-vous si vous souhaitez ressentir différemment. Si oui, commencez avec l’hypothèse que rien ni personne d’autre ne va changer. Ils sont là où ils ont toujours été, ils sont exactement là où ils sont censés être. Développez une vision plus large, distrayez-vous de manière positive, regardez le côté positif, pratiquez la bienveillance envers vous-même et envers les autres, et petit à petit votre perspective se mettra à changer. Quand ce sera le cas, tout le reste changera avec.

Le Bouddha a un jour été confronté à un monstre appelé Suciloma, nom qui se traduit par “Epingle à cheveux”. C’était un prototype de punk avec des épingles à cheveux! Il voulait savoir si le Bouddha était vraiment illuminé. Alors il s’est assis à côté du Bouddha et s’est penché vers lui pour le piquer, mais le Bouddha s’est incliné en s’éloignant.
“Aha !” dit Epingle à cheveux. “Tu n’aimes pas la douleur. Tu n’es pas vraiment éclairé. Quelqu’un d’éclairé resterait imperturbable, quoi qu’il arrive. Il n’aurait ni goûts ni dégoûts. ”
Le Bouddha dit : “Ne sois pas stupide. Il y a des choses qui vont causer des problèmes à mon corps. Cela va faire lui faire du mal et le mettre en mauvaise santé »( SN 10:53).

Ce n’est que du bon sens. Vous ne marchez pas sur les serpents, vous ne courez pas dans le feu, et vous ne permettez pas aux aiguilles de vous piquer. Vous vous éloignez. C’est du bon sens, pas de l’attachement. C’est de la bienveillance envers votre corps : le maintenir en bonne santé, le garder en sécurité.
(Bear Awareness d’Ajahn Brahm)

Mais, souvent aveuglés par nos expériences, par notre conditionnement, et marqués par nos habitudes, c’est exactement ce que nous faisons : nous marchons sur des serpents, nous nous enfonçons dans le feu et nous laissons les aiguilles nous piquer. Serpents des attachements, feu des désirs et aiguilles de la jalousie et de la convoitise. Ils mordent, brûlent et blessent. Nous appelons ça souffrance et nous pensons que c’est la manière de vivre. Nous confondons notre douleur avec notre souffrance. Nous avons peu de contrôle sur la première mais la seconde est presque entièrement entre nos mains. Nous pouvons prendre les choses comme elles viennent ou être jetés dans le courant. Ce choix, nous devons nous en souvenir, est entre nos mains. En tout temps.

Un homme entra dans une pizzeria et commandéaune grande pizza au blé entier avec un Coca Light.
“Dois-je la couper en six tranches ou en dix, demanda le propriétaire ?”
“Dix ! Dix!” grimaça l’homme. “Quelqu’un essaie de perdre du poids ici ! Coupez-la en six !”

C’est la même vie, si vous voulez tout pour vous, que vous la divisiez en six ou dix, peu importe. Comme je l’ai écrit dans Mind Full to Mindful : “Rien n’est important. Finalement.” Plus tôt nous en prenons conscience et plus rapidement la contradiction ou les défis cesseront de vous ennuyer.

La douleur est inévitable, la souffrance est optionnelle. La perte est inévitable, le chagrin ne l’est pas. La mort est certaine. Et la vie, eh bien, la vie n’est pas certaine. Son incertitude, son imprévisibilité, voire son irrationalité, c’est ce qui fait ce qu’elle est : intéressante, une bénédiction. Vous pouvez considérer ses caractéristiques comme épouvantables, ennuyeuses et fourbes, ou comme aventureuses, magnifiques et captivantes. C’est votre choix. C’est l’ABC de la vie.

Comme au jeu de scrabble, les lettres qui se retrouvent sur votre barrette ne dépendent pas de vous, mais les mots que vous utilisez et où vous les placez sont une question de compétence et de connaissance. Moins vous êtes ignorant du vocabulaire, plus vous avez de chance de marquer. Plus vite vous videz votre barrette et plus vous avez de chances d’obtenir de meilleures lettres et plus d’options. Si vous n’êtes pas sur le point de laisser partir les lettres (pour former un mot) ou que vous vous plaignez de votre grand malheur, vous perdez votre chance de marquer. La vie n’est pas différente.

C’est la même chose pour l’alphabet, c’est juste les mots que vous construisez avec les lettres que vous avez de disponibles qui font toute la différence dans ce que vous ressentez à propos de tout; oui, d’absolument tout.

Remplissez votre coeur de bonté, votre temps de nobles actions, votre esprit de bonnes pensées et la souffrance disparaîtra de votre vie comme la tristesse d’un cœur content. Vous réaliserez votre âme, votre soi. Les aiguilles ne peuvent pas piquer votre âme et le feu ne peut pas la brûler. L’eau ne peut pas la pourrir ni la chaleur la faire sécher. (acchedyo ‘yam adāhyo’ yam akledyo ‘śoṣya eva ca … BG 2.24). Et les serpents, allez-vous demander ? Qu’en est-il des serpents d’attachements ? Eh bien, cela, un yogi l’enroule autour de son cou et reste pourtant indemne.

Telle est la voie d’une paix durable. Marchez avec moi.

Paix.
Swami

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