Il y a certaines choses que nous pouvons changer dans notre vie, certains aspects que nous pouvons contrôler. Mais il y en a de nombreux auxquels nous devons nous habituer. C’est le plus grand défi. Il n’est pas facile de s’accoutumer à la manière dont la vie peut vouloir vous faire vivre. Mais c’est la route la plus facile vers le bonheur.

Ceci dit, mon sujet d’aujourd’hui n’est pas de se “sentir heureux” en faisant des ajustements (bien qu’ils y contribuent énormément). Au lieu de cela, c’est d’ “être” heureux. Vous ne pouvez pas “être” heureux sans être satisfait. Être heureux est synonyme d’être satisfait. De quoi avez-vous donc besoin pour vous sentir satisfait ?

En continuité avec notre rayon de bonheur de la semaine dernière, permettez-moi de vous faire partager un bel article de Will Durant que j’ai lu dans Light From Many Lamps.

De nombreuses années j’ai cherché le bonheur. Je l’ai peut-être d’abord trouvé dans la chaleur du sein de ma mère, dans la tendre caresse de ses mains et dans la tendresse qui brillait dans ses yeux. Je l’ai encore trouvé dans le jeu; car même dans la douleur de la défaite j’ai connu l’extase naturelle des jeux de l’enfance. Je l’ai trouvé dans le premier amour; il est venu à moi quand une fille ingénue a posé sa main sur mon bras et que ses cheveux tressés, doux du parfum de la santé, sont venus si près de mes lèvres que je les ai embrassés sans qu’elle le sût. Puis elle s’est éloignée de moi, et le bonheur s’en est allé.

Car je l’ai ensuite cherché en refaisant la vie des autres. J’allais réformer le monde. Je dénonçais les manières de l’humanité, je déplorais l’arriération de mon époque et je ne parlais que des splendeurs passées ou de celles qui allaient venir. Je voulais de nombreuses lois pour me rendre la vie plus facile, à moi et à la jeunesse. Mais le monde n’a pas écouté et je suis devenu amer. J’ai recueilli des anecdotes relatives à la stupidité humaine et je me suis fait le héraut des absurdités et des injustices des hommes. Un jour, un ennemi a dit : “Vous avez en vous toutes les fautes que vous méprisez chez les autres; vous êtes vous aussi capable d’égoïsme et de cupidité; et le monde est ce qu’il est parce que les hommes sont comme vous.”
J’y ai réfléchi dans la solitude et j’ai trouvé que c’était vrai. Puis il m’est venu que la réforme devait commencer chez soi; et depuis ce jour-là je n’ai pas eu le temps de refaire le monde.

Je me suis aperçu que si j’accomplissais aussi bien qu’il m’était possible les tâches pour lesquelles la vie m’avait fait, je trouverai de la satisfaction et une voie paisible de bonheur pour de nombreuses années. Je me suis volontiers rendu à l’impératif d’amour et de parenté de la nature, en faisant confiance à son ancienne sagesse et en sachant que, comme Dante l’a appris quand il est entré au Paradis : “La sua volontade è nostra pace — en sa volonté et en son service se trouve notre paix.”

C’est l’une des définitions du bonheur les plus raisonnables et les plus lyriques que j’ai lues. Particulièrement le dernier paragraphe qui est tout simplement excellent. Chacun de nous a un certain but. Il ne peut pas être le même et il n’est pas le même pour tout le monde. Nous continuons parfois de nous battre pour une autre vie, en espérant que nous aurons la vie de nos rêves en nous débarrassant de tous les obstacles de notre vie actuelle.

La vérité est que si la Nature vous a donné une certaine force, un certain talent, une certaine capacité, que vous le vouliez ou non, elle l’utilisera au maximum. Peu importe où vous irez ou ce que vous ferez, elle vous fera réintégrer votre terrain de jeu naturel, là où vous ajoutez la plus grande valeur à son fonctionnement et à son appareil.
Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. (Mark 10:9)

Il est logique d’écouter ce que la vie veut vous dire.

La prière de St. François d’Assise est très émouvante. Car elle est l’essence du bonheur. De l’intention altruiste jusqu’au sens de l’abandon, qui sont tous les deux cruciaux pour un état de bonheur durable, tout y est.

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix; là où est la haine, que je mette l’amour; Là où est l’offense, que je mette le pardon; là où est la discorde, que je mette l’union; là où est l’erreur, que je mette la vérité; là où est le doute, que je mette la foi; là où est le désespoir, que je mette l’espérance;  là où sont les ténèbres, que je mette la lumière; là où est la tristesse, que je mette la joie. O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. Car c’est en se donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant que l'on naît à l’éternelle vie.

Si cela n’est pas le bonheur qu’est-ce que c’est ? Si cela n’est pas de la satisfaction, qu’est-ce que c’est ?

Mulla Nasrudin ramenait son nouvel âne chez lui quand un de ses amis l’arrêta en chemin.

“C’est un nouvel âne,” Mulla?

Indifférent à la conversation, Mulla opina seulement de la tête.

“Mais où vas-tu le garder ?”Tu n’as qu’une seule pièce avec une femme et six filles.

“Pourquoi ? Il restera aussi dans notre pièce.

“As-tu pensé à la mauvaise odeur ?”

“Ne t’inquiète pas, “dit Mulla en envoyant au loin son souci, il en prendra aussi l’habitude.

Je pense qu’il en va de même pour la vie. Nous continuons d’acheter et de stocker nos ânes en pensant qu’ils s’habitueront à notre manière de vivre. De l’autre côté la vie s’interroge sur le contraire : l’adaptation à l’âne.

Mais s’habituer à un certain genre de vie n’est pas nécessairement le vivre. Pour le vivre pleinement, nous devons quelque part écouter la voix de l’âme. Elle est faible parce qu’elle est enfouie sur les débris des désirs et des responsabilités. Commencez par nettoyer et bientôt vous la découvrirez. Délivrez-la. Si vous me croyez, cela vaut chaque petit effort parce qu’il vous conduira directement à votre aspiration intérieure.

Et ce qu’il y a de plus magnifique pour ce qui est de votre abandon à votre aspiration, c’est que chaque pas que vous ferez ensuite sur le chemin sera immensément satisfaisant. La joie du voyage devient aussi excitante que celle de l’atteindre la destination.

Découvrez ce qui est important pour vous et donnez-vous-y à fond. Votre vie ne sera plus jamais la même. Telle est l’aspiration au bonheur.

Paix.
Swami

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