L’autre jour, Ma Shamata Om (ma principale disciple et l’une des âmes les plus charmantes et les plus belles que je connaisse) a dit quelque chose de profond à sa simple manière habituelle.

“Swami,” a-t-elle dit, “pensez-y, la vie humaine est si belle et si simple. Levez-vous chaque jour, faites du bon karma, prenez un repas copieux, aidez les autres, servez l’humanité et reposez-vous un peu. C’est tout. Pour un raison ou une autre, la plupart d’entre nous l’ont rendue trop compliquée en pensant trop et en se faisant trop de souci.”

En dehors du message même, le mot qui pour moi émergeait était : “rendue”. Dans l’acte de faire, nous en sommes venus à voir la vie comme quelque chose que nous faisons. Comme si c’était quelque chose que nous fabriquons. La vérité est que nous ne la fabriquons pas. Il n’y a que certains aspects que nous maîtrisons mais le reste des facteurs, en grande majorité, sont complètement en dehors de notre influence et de nos préférences.

A partir du moment où nous nous mettons à voir la vie comme quelque chose avec laquelle nous flottons, en opposition avec quelque chose que nous avons à créer, notre perspective change naturellement. Une lutte inutile vient alors au second rang et vous devenez de plus en plus conscients de là où vous avez besoin de renoncer au lieu de quand vous devez prendre vos responsabilités.

Dans un monde conduit par l’action et concentré sur les résultats, nous avons trop exagéré le faire. Selon les paroles de Parker Palmer, “Si nous vivons près de la nature dans une société agricole, les saisons en tant qu’images et faits modèleront continuellement notre vie. Mais l’image maîtresse de notre époque ne vient pas de l’agriculture – elle vient de la production des produits à grande échelle. Nous ne croyons pas que nous “cultivons” notre vie, nous croyons que nous la ‘faisons’. Ecoutez seulement comment nous utilisons le mot dans notre langage de tous les jours : nous faisons du temps (note du traducteur : Il s’agit ici d’une expression anglaise qui veut dire : nous prenons le temps), nous nous faisons des amis, nous produisons du sens (ndT : idem, pour dire : nous donnons un sens), nous faisons de l’argent, nous faisons une vie (idem, expression pour dire : nous gagnons notre vie), nous faisons l’amour.”

Nous ne faisons pas les océans, les montagnes ou les fleuves. Nous ne faisons pas la lumière du soleil, les nuages ou la pluie. Nous sommes simplement témoins de la création majestueuse qui nous entoure. Les textes yoguiques affirment que chacun d’entre nous a en lui un univers entier. La Bible dit aussi que le royaume de Dieu est en nous. Et ce royaume, cet univers de notre monde intérieur connaît toute une gamme d’endroits – du merveilleusement beau à l’atrocement douloureux. Il y a les sombres bois de la peur, les marais de la négativité, les arbres pourrissants de l’ego, les cactus de la jalousie, les plantes grimpantes de la convoitise, il y a le marécage des désirs et le résidu puant de la haine.

Cela dit, dans notre même monde intérieur il y a aussi quelques endroits d’une beauté envoûtante. Un océan de félicité, des marées d’amour, des saisons de vie, les couleurs du printemps, une phase d’automne, le chaud soleil de l’hiver du pardon, les magnifiques nuits sans lune décorées d’étoiles de nos actions accidentelles de gentillesse. Tout y est. Tout est là, en nous, à l’intérieur de nous. Lors du voyage de la vie, nous n’avons pas d’autre choix que de passer par les différents endroits. Là où nous choisissons de rester un petit moment ou où nous décidons de faire notre demeure, c’est notre choix.

Mais notre vie ne concerne pas que nous, c’est un phénomène bien plus grand. Un développement collectif, un processus cosmique. En réalité nous sommes dans la Vie autant que la vie est en nous.

Ce ne sont pas toutes les nuances de la vie qui feront appel à nous, mais elles sont là dans un but. Cela aide parfois la Nature à peindre notre toile, à dire à la vie : “emmène-moi où tu veux”, à accepter la sagesse de l’univers. Nous n’avons pas toujours à nous charger pour faire les choses, pour les faire bien ou pour les faire maintenant. Parfois, tout ce que nous avons à faire, c’est d’être patients et de laisser faire. Nous devons quelquefois permettre à la vie de se manifester de la manière qu’elle veut.

Un jour ou l’autre quand le fleuve sera de glace,
Demande-moi les erreurs que j’ai faites.
Demande-moi si ce que j’ai fait, c’est ma vie
D’autres sont venus dans mes pensées
de leur manière lente, et certains ont essayé d’aider
ou de blesser : demande-moi quelle différence
leur grand amour ou leur grande haine a faite.

J’écouterai ce que tu diras.
Toi et moi pouvons nous retourner, regarder
le fleuve silencieux et attendre. Nous savons
que le courant est là, caché; et il y a
des allées et venues depuis des kilomètres
qui conservent le calme, exactement devant nous.
Ce que le fleuve dit, c’est ce que je dis.
(Stafford, William. “Demande-moi.”
Demande-moi : 100 Poèmes Essentiels de William Stafford.)

Assurément nous voulons contrôler la situation et mener notre vie de la manière que nous préférons. Mais l’idée même de façonnage est incomplète, si vous me le demandez. Nous sommes un morceau d’argile qui a besoin d’être modelé ou un roc qui demande à être sculpté. Peut-être ne sommes-nous qu’un cadeau de l’Univers, une minuscule graine qui attend de germer. Peut-être n’avez-vous besoin que d’un peu d’entretien, un peu de soin et vous allez d’abord émerger comme un plant tendre et jeune et devenir plus tard un arbre géant chargé de fruits d’amour et de gentillesse. Après tout, tout est déjà en vous qui n’attend qu’à être découvert.

Le fleuve de la vie coule indépendamment de nos préférences. Que vous flottiez, que vous nagiez ou que vous couliez, c’est votre choix personnel. De toute façon, il vous emmènera avec lui.

Voeux de saison, Joyeux Noël et je vous souhaite à tous une très heureuse nouvelle année.

Souriez. Respirez. Méditez. Laissez aller.

Paix.
Swami

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