Au tréfonds de nous-mêmes, nous sommes des êtres libres. Presque. Même le cordon ombilical est coupé au moment de la naissance pour marquer notre liberté, pour trancher nos liens, pour indiquer que notre première relation est avec nous-mêmes et non avec les autres. Quelque part, même à la recherche de l’amour qui nous fixe, nous recherchons en fait la liberté. Plus nous nous sentons libres dans une relation et plus nous nous sentons complets. J’entends les gens dire : j’aime cet homme ou cette femme parce que peux être avec lui/elle. En essence, ce que nous disons est que Je me sens libre quand je suis avec celui/celle que j’aime.

J’ai souvent parlé du fait de vivre librement et courageusement. J’ai même également et fréquemment utilisé les affirmations banales aimez-vous vous-mêmes, soyez vous-mêmes. Mais il y a une chose que je n’ai pas faite, qui est d’éclaircir mon idée de liberté. La liberté veut-elle dire que vous pouvez sortir faire n’importe quoi ? Pouvez-vous ou devez-vous faire des libres choix même quand cela blesse les autres ? En vérité il n’y a pas de réponse absolue ni de principe directeur. Cela se fait sur une base au cas par cas. Ceci dit, je peux certainement partager avec vous ce que j’entends par la liberté. Permettez-moi de commencer par une petite histoire :

Un garçon de 6 ans devait être seul chez lui pendant deux heures. Avant de partir, sa mère lui avait fait à manger et lui avait donné diverses instructions de prudence et de sécurité. Elle lui avait particulièrement dit de se tenir loin de la cuisine et des couverts, etc. Etant un bon garçon, il avait accepté et il avait assuré sa mère qu’il avait compris.

Mais, étant un jeune garçon, il ne put s’empêcher de faire exactement ce qu’on lui avait dit de ne pas faire, c’est à dire d’explorer la cuisine. Peu de temps après que sa mère soit partie, il sortit la cruche de lait du réfrigérateur et décida d’en prendre un peu. Alors qu’il versait le lait, il déborda mal à propos du bec de la cruche. La moitié courut le long du récipient et un peu atterrit dans le verre. Il inclina nerveusement la cruche à un angle singulier pour éviter le débordement mais il finit par perdre complètement la prise qu’il avait. L’instant d’après la cruche en verre était par terre avec le lait partout sur le sol.

Apeuré, il sortit en courant de la cuisine et retourna dans sa chambre. Il savait qu’il avait fait du désordre mais il ne savait pas bien comment le réparer. Il n’y avait aucun moyen de le dissimuler. Il pensa dans sa tête à toutes sortes d’excuses, y compris nier avoir connaissance de l’incident. Mais il savait en lui-même que ce serait très difficile de convaincre sa mère.

La mère rentra à la maison et dès qu’elle vit l’état de la cuisine, elle affronta son fils. Le jeune garçon tenta une excuse après l’autre. Il dit même qu’un fantôme lui avait fait peur alors qu’il essayait de verser le lait. La mère écouta encore quelques minutes puis elle l’attrapa par le poignet et le tira vers elle. Gentiment, affectueusement.

“Tout le monde fait des erreurs, mon fils”, dit-elle. “Vraiment, nous en faisons tous. Et c’est ok. Nous sommes libres de faire des erreurs. Mais nous sommes aussi responsables d’admettre nos actions et de les accepter avec grâce.”

Elle demanda à son fils de l’aider à nettoyer et elle ajouta: “Si tu casses la cruche, tu dois aussi nettoyer par terre.”

J’appelle cela le prix de la liberté. Le degré de liberté dont nous jouissons dans la vie est directement proportionnel à notre sens de responsabilité. Le prix de la liberté est la responsabilité. La liberté que vous obtenez par le pouvoir, le statut, la richesse, l’éducation, etc. met sur vos épaules une responsabilité tout aussi grande. Plus vous êtes responsable et plus grande est la liberté que vous pouvez avoir. Selon les paroles de Nelson Mandela : “Être libre, ce n’est pas seulement se défaire de ses chaînes, mais c’est de vivre d’une manière qui respecte et qui augmente la liberté des autres.”

La liberté, ça ne veut pas simplement dire que, parce que vous êtes plus puissant, vous bombardiez les autres pays face à un conflit, par exemple. Cela ne veut pas dire de rabrouer autrui parce que vous le pouvez. Libre parole, cela ne veut pas dire que vous pouvez dire tout ce qui vous vient à l’esprit. La liberté, tout en étant un privilège immense, est en vérité une responsabilité énorme. La véritable liberté fleurit toujours dans un cadre de discipline, elle en a toujours l’odeur. Toujours. La liberté sans un cadre, que ce soit à un niveau personnel, social, moral ou judiciaire, est néfaste.

J’ai été ému aux larmes en lisant le livre déchirant Découvrir un sens à sa vie du Dr Frankl. A l’avenir, j’écrirai un autre message qui sera basé sur la philosophie du Dr Frankl. Pour le moment, je souhaite faire partager sa profonde idée de la notion de liberté.

Mais la liberté n’est pas le dernier mot. La liberté n’est qu’une partie de l’histoire et la moitié de la vérité. La liberté n’est que l’aspect négatif de tout le phénomène dont l’aspect positif est la responsabilité. En réalité, la liberté risque de dégénérer en simple arbitraire si elle n’est pas vécue en termes de responsabilité. C’est pourquoi je recommande que la Statue de la Liberté sur la Côte Est soit complétée par une Statue de la Responsabilité sur la Côte Ouest.

Depuis Auschwitz nous savons de quoi l’homme est capable. Et depuis Hiroshima nous savons ce qui est en jeu.

Si nous voulons aller dans la cuisine quand nous ne devrions pas, nous ferions mieux d’apprendre comment tenir la cruche Et si par erreur nous cassons la cruche, nous devrions en prendre la responsabilité et limiter les dégâts.

En quoi notre liberté est-t-elle bonne si nous n’en faisons pas usage pour protéger quelqu’un, pour qu’il se sente aimé ? Quelle utilité a notre liberté si nous choisissons de blesser l’autre simplement parce que nous le pouvons ? La véritable liberté est une sensation d’harmonie. Une harmonie, dans une relation ou dans une société, ne peut exister sans que nous agissions, parlions et nous conduisions avec responsabilité.

Un homme se rendit à une entrevue pour un emploi de cadre supérieur dans une société de Fortune 500.

“Dites-nous quelle est la différence entre “complet” et “fini”, demanda l’intervieweur.

C’était une question piège, car une tâche pourrait être complète sans être pourtant terminée. Ou une tache pourrait être finie et être encore incomplète.

Déviant du jargon conventionnel de la gestion, il répondit : “Si vous épousez la femme qu’il vous faut, vous êtes ‘complet’. Si vous épousez la mauvaise, vous êtes ‘fini’.

Il eut le job; voilà en bref ce qu’est la liberté. Quand vous faites correctement usage de votre liberté, cela vous conduit à un résultat salutaire. Et quand vous mettez de la négligence et de l’indiscrétion sous couvert de liberté, vous détruisez la graine même de la liberté. Vous ne vous sentez pas complet. Au lieu de cela, vous vous sentez inquiet, voire même coupable.

La liberté, ce n’est pas je-m’en-fiche-ou-n’importe-quelle-attitude, c’est de l’ignorance. La véritable liberté est je-sais-ce-qui-est-en-jeu-et-j’agis-donc-en-conséquence.

Soyez responsable, soyez libre.

Paix.
Swami

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