En traînant des pieds du jour au lendemain, que fais-je vraiment ? Cette seule question est inévitable dans la vie d’une personne raisonnable. Appelez-la crise existentielle, crise de la quarantaine ou tout ce que vous voudrez. Si vous avez vécu votre vie selon les règles et que vous avez fait tout ce que vous avez pu pour aider les autres et vous aider vous-mêmes, cette phase est inévitable.

Tout personne saine, à un moment de sa vie, est tourmentée par ce sentiment persistant de vide. Tout est là mais rien n’y est, c’est ce que vous ressentez. Il n’y a pas de raison réelle d’être malheureux et pourtant le bonheur ne se trouve nulle part. J’ai santé, famille, liberté, statut, je devrais être heureux, pensez-vous, mais la vie semble un peu ne rimer à rien. Comme si plus vous obtenez de choses et plus vous vous sentez vide.

Mais ce ne sont pas tous les hommes riches qui se sentent vides et ce ne sont pas tous les hommes pauvres qui se sentent comblés. Pas tout le temps en tout cas. Le bonheur est un partenaire intrigant. Vous ne pouvez pas miser sur sa loyauté ni sur sa stabilité. Nous pensons souvent que le bonheur existe dans le monde de mes rêves, un endroit où tout (et tout le monde) marchera selon moi. Et alors la vie sera de la manière dont je voudrai, je n’aurai pas à m’occuper des sentiments d’insuffisance, de jalousie, de colère, etc. C’est un point de vue orgueilleux et ignorant.

Une vie dépourvue de défis et de conflits n’est pas obligatoirement une vie heureuse; en fait elle est immensément ennuyeuse et elle mène en fin de compte à une intense tristesse et à un grand vide. Nos luttes nous enseignent, elles nous forment.

Pour citer le Dr Victor Frankl, dont la philosophie a une influence significative et directe sur mes idées qui sont partagées dans ce courrier :

Ce dont l’homme a vraiment besoin, ce n’est pas d’un état sans tension mais plutôt d’effort et de lutte pour un but qui en vaut le coup, une tâche librement choisie. Ce dont il a besoin, ce n’est pas de se libérer à tout prix de la tension, mais d’un besoin d’un sens potentiel qui attend d’être comblé par lui.

Comme nous le voyons, l’être humain n’est pas à la poursuite du bonheur mais plutôt à la recherche d’une raison d’être heureux; dernier point mais pas le moindre : en actualisant le sens potentiel inhérent et latent dans une situation donnée.

Je pense que le Dr Frankl a cerné la chose. Nous devons avoir une raison d’être heureux. Nos possessions et nos gens sont des raisons d’être heureux, d’être reconnaissants, mais ce ne sont pas des raisons qui durent longtemps, parce qu’elles ne donnent pas vraiment un sens à notre vie au-delà d’un certain point. Nul doute qu’elles mettent de la couleur, de la diversité, des plaisirs, voire des moments de bonheur et d’accomplissement. Cela ne veut pourtant pas dire qu’elles mènent à une vie digne de ce nom. Sinon des centaines de millions de gens, à l’aise matériellement, ne combattraient pas les démons de la solitude, de la tristesse et de la dépression.

Friedrich Nietzsche soutenait : “Celui qui a un Pourquoi vivre peut supporter presque n’importe quel Comment.”

Si vous avez une raison de sortir du lit tous les matins, vous le ferez. Si vous avez une raison de vivre, vous vivrez. Si vous avez une raison d’aimer, vous aimerez. Si vous avez une raison d’être heureux, vous serez heureux. Et la raison se réduit à une seule chose : le sens. Si votre vie a un sens si votre relation a un sens, vous serez satisfait naturellement. Le sens est la seule lumière qui dissipe les ténèbres du vide.

Et il existe trois moyens de trouver le sens de votre vie.

La Bonté

L’Ecole védantique a la célèbre phrase : Satyam Shivam Sundaram. Satyam est la vérité, Shivam la divinité et Sundaram la beauté. Au moment où vous apprenez l’art de voir et d’apprécier la bonté dans votre vie, vous commencez à voir la vérité. Vous commencez à voir la divinité dans tout ce que la vie vous fait traverser. Vous êtes inspiré par la beauté de tout. La splendeur, la gloire et le miracle de chaque moment qui se déploie vous fait fondre de l’intérieur, vous force doucement à voir comment la bonté abonde en votre vie. Le ciel bleu, le corps en bonne santé, l’esprit sain, les arbres verts, les vastes océans, tout est rempli de bonté. C’est un état d’esprit que l’on peut consciemment cultiver. Les Vedas l’appelle sattva, le mode de la bonté. Bonté est synonyme d’accomplissement. Un mental sattvique (c’est-à-dire un esprit plein de bonté) est un mental calme. Ainsi, un des moyens, c’est de remplir votre esprit de bonnes pensées. Ou de faire un effort pour voir la vérité, la divinité et la beauté qui existent dans l’instant présent. Votre vie prendra alors un tout nouveau sens.

Le Service

Le second moyen est de vous donner passionnément à une cause. Consacrer votre corps, votre esprit et votre âme au service d’une cause conduit à une expansion phénoménale de la conscience individuelle. Vous aurez encore vos moments de dépression avec tout le reste autour de vous, mais vous n’aurez pas le sentiment que votre vie ne rime à rien. Dès que vous adoptez une cause, vous sortez de votre existence limitée et individuelle et vous entrez sur un terrain de jeu bien plus grand. L’oisillon a sauté hors de son nid en espérant voler. Il ne tombera pas à plat par terre. Précisément au bon moment, cet oiseau saura comment battre des ailes. La nature ne le laissera pas mourir. Vous donner à une cause vous force à atteindre le niveau optimum de vos possibilités. Les Vedas appellent cela rajas, le mode de la passion. Vous êtes plein d’énergie quand vous êtes rajasique et que vous ne pouvez pas attendre pour aller au travail parce que votre cause a donné un sens à votre vie. Votre cause insuffle en vous une nouvelle vie qui éveille l’esprit de service, transformant vos émotions négatives en une forme d’énergie utile.

La Souffrance

Par souffrance, je ne veux pas dire que quelque chose de terrible doive vous arriver. Au lieu de cela, tout ce qui nous fait chanceler hors de nos illusions est souffrance. De tels événements et de telles expériences, tout en nous déconcertant, nous poussent hors de notre zone de confort. Ils nous rendent humbles et plus ouverts à d’autres perspectives. Ils nous poussent à réfléchir à notre vie, à nos choix et à nos actions. Vous prenez conscience que tout ce que vous preniez pour acquis à un moment était en vérité une bénédiction. Dans cette sagesse et cette humilité nouvellement trouvées, vous commencez à voir la vie autrement. Le terme védique est tamas, le mode de l’ignorance. L’ignorance mène à la souffrance. (Oui, c’est à 100 % vrai. Car la souffrance n’est pas ce qui nous arrive mais la manière dont nous l’interprétons. Quelqu’un d’ignorant ne peut pas gérer sa perte de la même manière gracieuse que quelqu’un d’éclairé, par exemple). De mon point de vue, l’ignorance est la cause principale de la souffrance individuelle et la souffrance est graine de sens. Pour Bouddha aussi, ça a été la vue de la souffrance qui l’a assez attendri pour quitter la royauté, revêtir l’habit et commencer son voyage.

Un jeune home dit à sa mère qu’il était tombé amoureux d’une fille et qu’il voulait l’épouser.
“Juste pour rire, Maman, dit-il, je vais amener trois filles et tu devras essayer de deviner avec laquelle je vais me marier.”

Et le lendemain trois belles femmes sont assises en face de sa mère.

“Peux-tu deviner laquelle sera ma femme, demande le fils en bouillant d’excitation ?”
“Celle qui est à droite, répond-elle en un clin d’œil.”
“Oh mon Dieu, tu es surprenante ! Comment l’as-tu su ?”
“Parce que…, dit-elle nonchalamment, je ne l’aime pas.”

Nous n’avons pas à détester quelque chose juste parce que la vie nous le donne. Parfois, en jouant au spectateur, un témoin neutre est tout ce qu’il faut pour comprendre quelle direction nous devons prendre.

Notre nature intrinsèque nous pousse à découvrir le sens de notre vie. Quand il s’agit d’un esprit curieux, la découverte du sens est le secret du bonheur. Vous savez comme il y a une décharge d’énergie et que vous riez dès que vous comprenez une plaisanterie. Il en est de même avec la vie. Vous êtes libéré au moment où vous saisissez son sens. Différentes choses ont un sens différent pour des gens différents. C’est une question personnelle.

Quand dans votre vie vous restez oublieux de la bonté, de la beauté et de la divinité, ou si vous ne consacrez pas une partie de votre temps d’une manière désintéressée à une cause, la vie est alors obligée de vous mettre en face de la troisième perspective : la souffrance. Elle peut venir sous la forme d’un ennui terrible, d’une grave dépression ou comme un coup de semonce sous forme d’une grande perte personnelle. Que vous vouliez prendre la première, la seconde ou la troisième option, c’est votre choix.

Les lotus himalayens ne poussent pas dans les bassins d’eau fraîche, ils fleurissent dans les marécages. Le vide ou la tristesse n’est pas un dysfonctionnement de la vie. C’est un mauvais fonctionnement de votre mental. Cela veut simplement dire que la vie vous dit de réfléchir sur vous-mêmes et sur vos actions. Elle vous demande de ne plus négliger votre vocation ou d’en trouver une. La graine du parfum est la base même de votre existence. Quand la stagnation arrive, le lotus de la transformation est prêt à fleurir. Tout ce que vous avez à faire est de ne pas vous y opposer.

Suivez le courant et voyez où il vous emmène. Laissez la graine germer.

Celui qui a un Pourquoi vivre peut supporter pratiquement n’importe quel Comment…

Paix.
Swami

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