La semaine dernière, j’ai cité une histoire populaire tirée de Vaincre la Codépendance de Melody Beattie. Aujourd’hui, tout en continuant de donner mes idées sur les relations, je voudrais commencer en citant un passage du même livre.

Parfois, mon plus jeune fils, Shane, s’accroche trop fort et trop longtemps après une embrassade. Il se met à me faire basculer. Je perds mon équilibre et j’ai hâte qu’il arrête de m’étreindre. Je commence à lui résister. Peut-être le fait-il pour me garder près de lui un peu plus longtemps. Peut-être est-ce une forme de contrôle sur moi. Je ne sais pas. Une nuit, quand il a fait ça, ma fille a regardé jusqu’à même devenir frustrée et impatiente.

“Shane,” a-t-elle dit, “il est temps que tu lâches.”

Pour chacun d’entre nous vient le temps de lâcher. Vous le saurez quand le temps sera venu. Quand vous aurez fait tout ce que vous aurez pu faire, il sera temps de vous détacher. Occupez-vous de vos sentiments. Faites face à votre peur de perdre le contrôle. Parvenez à vous contrôler, vous et vos responsabilités. Rendez les autres libres d’être qui ils sont. Ce faisant, vous vous libérerez vous-mêmes.

Personnellement, cette instruction revêt pour moi beaucoup de sens. Par détachement, je ne veux pas dire que vous deviez rompre avec votre partenaire, même si je suis d’accord qu’il n’y a parfois pas d’autre choix. Mais je parle actuellement du fait de construire un sentiment de détachement alors même que vous êtes encore dans la relation. Si vous vous accrochez trop fort et trop longtemps, les deux basculeront.

Si vous continuez à vous ignorer, vous pourrez fournir ce que recherche votre partenaire mais, en fin ce compte, aucun de vous ne sera heureux. Cela fera plus de mal que de bien à la relation. Si vous êtes celui qui doit toujours agir avec force et être celui qui assure, un jour cela vous brisera complètement. Cela me conduit à mon éclaircissement d’aujourd’hui : l’attention obsessionnelle.

Le fait de s’accrocher trop (manque d’espace personnel dans la relation) et/ou la crainte excessive (ne pas être capable d’exprimer vos sentiments parce que l’autre réagit violemment ou ignore ce que vous avez à dire) sont les signes classiques d’une relation toxique. Lorsque vous vous sentez obligés d’avoir de l’attention, non pas parce que vous êtes dans une relation responsable mais par peur ou par attachement, vous êtes alors victime d’une attention obsessionnelle. Et dans de telles circonstances, vous passez par trois émotions. C’est un cycle.

Entre parenthèses, mes idées sur le sujet en cours ne sont ni originales ni radicales. Au lieu de cela, ce dont je vous fais part aujourd’hui a d’abord été mentionné par Aristote et plus tard d’une manière plus éloquente et plus pertinente par le Dr Stephen Karpman dans son ouvrage de référence sur l’analyse transactionnelle. Je ne fais qu’exprimer mon interprétation qui se base sur ma propre expérience et sur mon observation. Les trois émotions, ou, plus justement, les trois rôles, forment ce que l’on appelle le Triangle Dramatique de Karpman. Voici :

1. Le Sauveur

Dans une relation déséquilibrée, il y en a un qui joue toujours le rôle de sauveur. En tant que sauveur, vous agissez avec fermeté, ensemble, avec responsabilité. Dès que votre partenaire joue la victime et appelle à l’aide, vous vous rendez disponible. “Laisse-moi t’aider”, dit le sauveur. “Ne t’inquiète pas, je suis là.” Vous mettez de côté vos propres priorités, vos besoins, vos problèmes et vos soucis. Vous vous surpassez et vous aidez votre partenaire qui dépend émotionnellement de vous. Malheureusement, parfois, tout ce qu’un sauveur fait, c’est de masquer ses propres problèmes au nom de l’attention ou de la compassion. Il se sent contraint d’être agréable, d’être là pour l’autre, aux dépends de son propre bien-être. Mais cela se fait avec un grand coût personnel car, une fois que le problème est résolu, le sauveur se déplace à la seconde pointe du triangle.

2. Le Persécuteur

Comme le bonheur intérieur du sauveur disparaît dès que le problème est résolu, ses propres problèmes remontent à la surface. Il ne ressent plus que le partenaire plus faible avait vraiment besoin d’aide. Au lieu de cela, le sauveur devient tourmenteur, une sorte de persécuteur. “Tout est de ta faute,” tel est le premier sentiment qu’il ou elle ressent envers l’autre. Un ressentiment se développe chez celui qui a agi avec fermeté. Le sauveur est en colère, il se sent blessé, utilisé, voire abusé. Cela crée un désir de contrôler le comportement de l’autre, de le rabrouer, de le juguler, de telle sorte qu’une telle situation ne se renouvelle pas. Le sauveur ressent : “Je dois lui dire que ça ne peut pas continuer comme ça.” Mais comme le sauveur n’a pas appris à prendre soin de lui-même ou d’elle-même, et du fait qu’il existe un manque de communication entre les deux partenaires, il est incapable de s’exprimer librement. De ce fait, le sauveur commence à se comporter en persécuteur, tenant l’autre pour responsable de tout ce qu’il ou elle ressent. Mais cela ne s’arrête pas là. Une fois qu’il a agi avec fermeté et qu’il a blâmé le partenaire, il se déplace à la troisième pointe du triangle.

3. La Victime

Le sauveur se considère maintenant comme une victime. Un sentiment d’apitoiement sur soi voit le jour dans sa conscience. La personne qui a un jour été sauveur se sent maintenant sans ressources, impuissante, indécise et déprimée. Le désir de jouir de la vie vient au second rang et les émotions négatives engloutissent la victime. “Pauvre de moi”, tel est le sentiment central. La victime se désole sur son sort et pense qu’elle a besoin de quelqu’un pour l’aider. Et là se trouve le tragique : la victime recherche un sauveur (ou même un persécuteur). C’est la raison pour laquelle la plupart des gens vont d’une relation violente à une autre. Ils continuent d’attirer le même type de partenaires. Ils pensent à chaque fois que cette relation-là sera différente; elle se termine de la même manière. Plus ou moins.

Il ne doit pas nécessairement en être ainsi. Tout commence en menant une vie responsable. Une vie où vous comprenez que pour aimer quelqu’un vous devez d’abord vous remplir vous-mêmes d’amour. Prendre soin de quelqu’un exige que vous preniez d’abord soin de vous; que vous compreniez qu’il n’y a qu’ ‘autant’ que vous pouvez faire pour l’autre; qu’un jour il/elle devra prendre la responsabilité de sa conduite.

Si vous continuez d’agir avec fermeté quand en fait vous êtes fatigué intérieurement, un jour vous tomberez en morceaux. Ce sera irréparable. Le bonheur peut être un voyage individuel, mais c’est un sentiment mutuel. Si vous êtes constamment le sauveur, votre partenaire jouera principalement à la victime. Et si vous vous considérez comme une victime, vous attirerez un persécuteur. D’une manière comme de l’autre, ce sera nuisible à votre amour-propre et à votre bien-être.

Un fils de 25 ans, déterminé à épouser sa petite amie, a demandé à son père : “Papa, combien coûte un mariage ? ”

“Aucune idée, fils,” a répondu le père. “Je paye encore.”

Une relation sera toujours un fardeau et jamais une récompense, à moins qu’elle n’offre un accomplissement mutuel, un espace personnel et de la place pour la découverte et l’expression. Oui, vous devez prendre soin et vous devez aimer, mais cela doit commencer par vous-mêmes. La plupart des problèmes de la vie disparaissent si vous prenez soin de vous-mêmes et si vous vous traitez avec amour. Si vous vous accordez la même courtoisie que celle que vous accordez à ceux que vous aimez (ou même aux étrangers), votre vie prendra une toute nouvelle dimension.

Ni sauveur, ni persécuteur ni victime, celui qui apprend l’art de l’attention à soi et de l’amour de soi devient Buddha, il devient divin. L’altruisme s’éveille naturellement chez ceux qui mènent une vie pleinement satisfaisante. Et votre satisfaction ne peut être séparée de vos occupations et de vos priorités.

Aucune cascade ne provient de montagnes arides. Elles viennent de celles qui ont un jour absorbé de l’eau de pluie, elles jaillissent de celles qui sont pleines. Plus vous verserez d’amour en vous, plus il s’écoulera de vous. Remplissez-vous de ce que vous souhaitez donner, car ce qui est l’intérieur est ce qui se manifeste à l’extérieur.

Paix.
Swami

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