Je suis tombé par hasard l’autre jour sur un magnifique poème de Corey Mohler illustré sur ce site web (ici). Bien qu’intitulé Deux Frères, il aurait pu facilement être appelé La Vérité de l’Existence Humaine. J’ai trouvé le poème si profond que pendant un moment j’ai même pensé simplement le faire partager comme courrier d’aujourd’hui sans tout le commentaire ou sans mes propres pensées. Sans plus de façons, le voici :

Deux fils sont nés sous le vieil arbre.
Ils ont grandi ensemble, aimés et libres tous les deux.
Ils sont allés à travers champs, ont parcouru la colline,
Traversé la rivière, exploré le moulin.
Ils ont combattu des dragons ainsi que des géants.
Puissants guerriers, ils ont tout conquis.
A la fin de chaque jour, ils dormaient en sûreté.
Un père aimant les bordaient la nuit.
Le père a vieilli, puis il est mort.
L’aîné a pleuré et le cadet crié.
La ferme, bien entendu, s’exploiterait seul.
Le plus jeune est donc parti, pour trouver son bien.
Ils se sont regardés dans les yeux.
Sous le vieil arbre ils se sont dit au revoir.
L’aîné a cultivé les champs, sous le soleil.
Avec sa sueur et son travail la ferme était exploitée.
Une femme est bientôt arrivée dans sa maison chaude et sûre.
Il était toujours aimé mais ne vagabondait pas.
Chaque jour il rêvait de son frère libre.
En regrettant toujours que ce ne soit pas lui.
Les années ont passé, enfin ils se sont revus.
Sous le vieil arbre se tenaient deux vieux hommes.
Il parla à son frère de la vie de fermier :
Pas d’aventures, que du travail et des disputes.
Oh, comme il rêvait de la route libre
Et comme il se sentait piégé dans sa demeure.
Le frère lui parla de la vie qu’il menait,
De la route longue et fatigante, il dit :
De nombreuses nuits solitaires, sous la pluie battante,
Une seule pensée me tenait sain d’esprit.
Que mon frère était le foyer, sûr et chaud.
Foyer affectueux, loin de la pluie et de la tempête.
Je peux supporter le dur labeur, mais je jure ceci :
Les jours seul étaient trop difficiles à supporter.
Son cœur devint triste comme il courbait la tête,
Et à son frère aîné dit :
Quelle histoire tragique alors c’est pour nous deux :
Tu n’étais pas à ma place ni moi à la tienne.
Son frère soupira, puis eut un grand sourire,
Il réfléchit un moment, avant de lui répondre :
Tu as manqué le point essentiel de cette petite histoire.
Car je vais te dire, frère, sans aucun doute :
Qui que ce soit qui vagabonde, qui que ce soit qui reste
Nous le regrettons tous les deux, d’un coté comme de l’autre.

(Allez voir la Bande dessinée Existentielle de Corey Mohler si vous souhaitez voir le poème dessiné aussi magnifiquement que le sont ses mots.)

Au-delà des sourires faux ou illusoires de Facebook, la majorité des gens vivent dans un désespoir silencieux que la vie apporte chaque jour avec l’aube. Comme si chacun d’entre nous portait un poids à l’intérieur. Ce n’est pas toujours le poids des émotions. Parfois nous n’êtes ni en colère, ni jaloux, ni envieux, ni mécontent, et pourtant vous n’êtes pas non plus heureux. Vous ne vous sentez pas bien, comblé ou complet.

Vous pouvez ressentir certains jours que la vie est parfaite mais ce n’est pas un sentiment qui dure longtemps. Presque tous ceux que je connais désirent une vie quelque peu différente. Quelque chose d’autre doit arriver, sentons-nous. Ce désir naïf se transforme rapidement en une sorte de mélancolie. Et donc, sentant que notre vie actuelle est insuffisante et incomplète, nous nourrissons de plus en plus de regrets et d’envies et nous continuons à faire des choix stupides en espérant que cela effacera la tristesse intérieure. Tout cela vient d’une seule perspective, d’une seule émotion : le mécontentement.

Arjuna a un jour demandé à Krishna :
“Seigneur, qui est un véritable yogi ?”

“Celui qui trouve du contentement dans le moment présent et qui connaît la voie de la modération est le plus grand des yogis.”

Krishna n’a pas dit qu’un méditant était un vrai yogi, il n’a pas dit que son dévot était un yogi. Il n’a pas dit que ceux qui suivaient un certain système de croyances ou qui pratiquaient des rituels étaient des Yogis. Au lieu de cela, il a simplifié. Si vous êtes content et tranquille, vous êtes un yogi.

Il est si facile d’être obsédé par une occupation. Avec une attitude centrée sur soi, nos obsessions mènent à une sorte d’aveuglement. Nous n’arrivons pas à voir le bien autour de nous. Et cela, à son tour, crée de la frustration qui en fin de compte prépare à la colère. Clairement : vous ne pouvez pas être en paix ni penser clairement lorsque vous êtes en colère. Dans cet état, il est impossible de nous dépouiller de nos tendances maniaques ou de trouver du contentement dans le moment présent.

Gau dhan gaj dhan vaaji dhan aur ratan dhan khan, Jab aave santosh dhan, sab dhan dhoori saman. (Saint Kabir)  
IAST: godhana gajadhana vajidhana, aura ratanadhana khāna, jaba āvai saṃtoṣadhana, saba dhana dhūrī samāna.  

Ta possession de vaches, d'éléphants, de gaines, voire de toute une mine de pierres précieuses n'a aucune valeur comparée à la richesse du contentement.

A mon point de vue, dans le voyage de la vie, le contentement est la plus grande bénédiction qui soit. Mais en utilisant le mot bénédiction, je ne veux pas dire que certains d’entre nous sont nés avec lui et pas d’autres. Ou qu’il nous est attribué par quelque force extérieure. Par bénédiction, je veux seulement dire que c’est l’émotion la plus divine que vous puissiez avoir. Lorsque vous êtes vraiment content, vous êtes compatissants et vous donnez de manière naturelle. Vous répandez le bonheur, la bonté et la gentillesse.

Comme d’autres émotions, nous devons cultiver le contentement dans notre conscience. A chaque fois que vous sortez, vous voyez des gens avec de plus belles maisons, de plus belles voitures, de plus beaux corps, de plus grands talents et une meilleure santé. Ils sont tous autour de vous. Quand vous les voyez, vous vous sentez jaloux, envieux ou inspiré. D’un côté comme de l’autre, cela vous fait voir votre présent comme terne. Je ne dis pas que tout le monde doive s’asseoir oisivement et se tourner les pouces. Chacun d’entre nous est libre de courir après ce qui est important pour lui. Cela étant dit, toute poursuite a un prix.

Le contentement vient d’une vie réfléchie, d’un sens que je ne dois pas faire quelque chose simplement parce que les autres le font. Si vous n’êtes pas capable de vivre dans le moment présent et d’y trouver de la beauté, l’avenir ne risque pas d’être meilleur. Car l’avenir n’est rien de plus que des moments présents qui se déploient. Mon passé dans l’après-midi était mon futur le matin.

La vie est comme un fleuve, qui change toujours, qui coule toujours. Vous pouvez y entrer encore et encore en pensant que vous prenez un bain dans le même fleuve. C’est tout sauf vrai. L’eau qui y était auparavant n’y est plus. A chaque fois que vous prenez un bain, c’est dans une nouvelle eau. Il n’y a pas deux moments semblables. C’est de l’ignorance que de vous accrocher à votre passé ou à un avenir. La vie poursuit son cours. Le fleuve peut paraître boueux lors de la mousson ou froid en hiver. Il peut être agréablement chaud certains jours et limpide un autre jour. Quoi qu’il en soit, tant que la source ne s’assèche pas, il continuera de couler. Tout comme la vie.

Puisque nous sommes déjà dans le voyage de la vie, nous pouvons tout aussi bien marcher avec grâce avec contentement. Qui que ce soit qui vagabonde qui que ce soit qui reste…

Coulez si vous voulez vous unir à l’océan.

Paix.
Swami

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