La légende raconte que le vaillant souverain de Mewar, Maharana Pratap, était autrefois assis avec un humble serviteur. C’était en l’année 1580 alors qu’il avait été vaincu dans un conflit en cours avec les Moghols. Bien que cinq ans plus tard le Maharana récupérât la plus grande partie de son empire, il faisait maintenant profil bas et reconstruisait son armée. En cette période d’hostilité et d’incertitude, vivant de maigres ressources, un de ses sujets lui envoya deux mangues.

Son serviteur coupa les mangues en huit parts et les disposa sur un plateau. Elles paraissaient succulentes, attrayantes et mûres.

“Dis-moi quel goût ça a”, demanda Maharana Pratap en donnant le premier morceau au serviteur.
“Humm”, dit-il, après en avoir savouré un peu, c’est fort délicieux ! Et il demanda un autre morceau.

Un peu surpris, Maharana lui en tendit un autre que le serviteur engloutit en un éclair et il supplia d’en avoir un autre. Le roi fut déconcerté par ce comportement inhabituel, mais par attention envers un homme qui le servait depuis longtemps, il lui fit plaisir.

“S’il vous plaît, supplia-t-il, je meurs de faim. Donnez-moi le reste et j’irai personnellement vous chercher de nouvelles mangues.”

En un rien de temps, il mangea sept morceaux l’un après l’autre tandis que l’expression du roi changeait de l’amusement et de la compassion à l’incrédulité et au dégoût.

” Coquin d’ingrat!” tonna Maharana. “Tu n’es pas apte à me servir.” Et sur ce, il mit le dernier morceau de mangue dans sa bouche seulement pour le recracher aussitôt.
“Tu dis que cette mangue aigre et amère est délicieuse?” s’exclama-t-il “C’est horrible!”
“Je vous demande pardon,” dit le serviteur. “Pendant des années, vous m’avez nourri, moi et ma famille. Contre vents et marées, vous nous avez protégés. Je ne peux rien vous donner en retour mais, au moins, je peux vous éviter de goûter ces mangues amères.”

Il est juste de s’attendre à de l’amour en retour de l’amour. Il est normal de souhaiter la reconnaissance de nos efforts ou la reconnaissance de nos talents et de notre travail. Les amitiés et les relations s’épanouissent lorsque les gens répondent en nature.

Mais l’esprit de service est quelque chose de tout à fait différent. Le service n’attend rien d’autre que le bien-être de celui que nous servons.

Le vrai service exige un altruisme absolu, quelque chose qui va même au-delà de l’altruisme, car dans le service, le point de repère n’est pas de savoir si vous êtes reconnu ou spécial. Au lieu de cela, votre objectif est de consacrer tout ce que vous avez à servir la cause qui compte pour vous. Et là se trouve le paradoxe, plus nous nous dévouons sans réserve à notre mission, sans nous soucier de la reconnaissance, et plus grand est le succès et plus grande la satisfaction que nous retirons du suivi de notre chemin.

Les gens me demandent parfois ce qu’est l’abandon et comment nous abandonner à une cause ou à une personne ? Le service est abandon. Sans abandon, le vrai service n’est pas possible et sans service l’abandon meurt rapidement. L’abandon, c’est ce sentiment du cœur qui nous fait lâcher prise. Il nous aide à nous détendre et à nous relaxer. Il nous fait comprendre que nous n’avons pas à contrôler tout ce qui se passe dans notre vie et que nous ne le pouvons pas. Et le service se consacre alors entièrement à ce que nous contrôlons : nos actions, nos paroles et notre réponse à tout ce qui nous arrive.

Moshe Kranc cite une belle parabole (dont on trouve des variantes dans toutes les cultures) dans Le Guide de Gestion des Maîtres Hassidiques :

Je suis monté un jour jusqu’aux firmaments. Je suis d’abord allé voir l’enfer et ce que j’ai vu était horrible. Des rangées de tables étaient chargées de plats somptueux, mais les gens assis autour des tables étaient pâles et émaciés, gémissant de faim. Quand je me suis rapproché, j’ai compris leur situation.

Chaque personne tenait une cuillère pleine, mais les deux bras étaient attachés avec des lattes de bois, de sorte qu’elle ne pouvait pas plier le coude pour porter la nourriture à sa bouche. Cela m’a brisé le cœur d’entendre les gémissements torturés de ces pauvres gens dont la nourriture était si proche mais qui ne pouvaient pas la consommer.

Je suis allé ensuite visiter le paradis. J’ai été surpris de voir le même décor que celui que j’avais vu en enfer : rangée après rangée de longues tables chargées de nourriture. Mais contrairement à l’Enfer, les gens ici au Ciel étaient assis et parlaient avec plaisir, manifestement rassasiés de leur repas somptueux.

En approchant, j’ai été étonné de découvrir qu’ici aussi, chaque personne avait les bras attachés avec des lattes de bois qui l’empêchait de plier les coudes. Comment alors ont-ils réussi à manger ?
Alors que je regardais, un homme a pris sa cuillère et l’a enfoncée dans le plat qui était devant lui. Puis il s’est étendu sur la table et a nourri la personne qui était en face de lui ! Le destinataire de cette gentillesse l’a remercié et lui a rendu la faveur en se penchant de l’autre côté de la table pour nourrir son bienfaiteur.

J’ai soudainement compris. Le ciel et l’enfer offrent les mêmes situations et les mêmes conditions. La différence essentielle se situe dans la façon dont les gens se traitent les uns les autres.

Je suis retourné en enfer en courant pour faire part de cette solution aux pauvres âmes qui étaient piégées là-bas. J’ai murmuré à l’oreille d’un homme affamé :
“Vous n’avez pas à avoir faim. Utilisez votre cuillère pour nourrir votre prochain, et il vous rendra sûrement la faveur et vous nourrira.”

“Vous voulez que je nourrisse l’homme détestable qui est assis de l’autre côté de la table?, dit l’homme avec colère. ” Je préférerais mourir de faim que de lui donner le plaisir de manger !”

Lorsque notre attention glisse du souci que nous avons pour nous-mêmes vers un ajout de valeur à la vie de ceux qui nous entourent et vers le service d’une cause plus grande, notre bonté inhérente remonte à la surface. Tout devient alors possible.

Les bonnes choses deviennent grandes en temps voulu. Les bonnes personnes deviennent de grandes personnes avec le temps. Telle est l’évolution naturelle. Car la bonté ne vise pas à créer un nom mais à faire une différence. Et c’est ce que fait le service : il fait la différence.

La capacité de prendre soin des autres et de les servir est ce qui distingue une personne ordinaire d’une personne éclairée.

Paix.
Swami.

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