Nous nous sommes fréquentés pendant quatre ans avant de nous marier. Nous avons vécu une relation extraordinaire. Je ne me souviens pas nous être disputés à cette époque. Je n’avais aucun doute que nous étions des âmes sœurs. Mais aujourd’hui, juste après trois années de mariage, nous sommes à la veille d’un divorce. Je n’ai jamais pensé que cela pourrait m’arriver. J’en ai assez des disputes, des questions et des querelles. Il ne veut jamais passer du temps avec moi. Il ne m’écoute pas. Qu’est-ce qui est allé de travers, Swami ? Pourquoi les mariages se terminent-ils ainsi ?

C’est un extrait de ce que j’ai reçu il y a quelques semaines d’un lecteur en difficulté. Je sais ce que vous voulez dire, les mariages sont difficiles et beaucoup se terminent par un divorce. Il ne devrait pas être ainsi. Laissez-moi vous raconter une petite histoire :

Il était une fois une petite fille. Elle et son père veuf avaient l’habitude d’exécuter un numéro difficile dans un cirque. Le père devait tenir en équilibre sur son front une perche de bambou 6 mètres, et la jeune fille devait grimper dessus et s’y tenir sur un pied (aussi facile que n’importe quel mariage, au fond). Une fois cela fait, le père se promenait alors que la fille restait sur la perche. Il s’inquiétait toujours de la sécurité de sa fille à chaque fois qu’ils faisaient cela.

“ Je t’ai dit un million de fois,” lui dit-il, “que tu dois garder un œil sur moi. Je te regarde constamment pour pouvoir équilibrer la perche. Tu devrais me regarder aussi pour éviter un accident. Tu es tout ce que j’ai.”

“Non, père, non” répondit-elle sagement. “Pendant le numéro, fais attention à ta partie et je ferai attention à la mienne. Nous ne devons pas nous distraire en nous regardant. Tu dois te concentrer sur ce que tu as à faire. Rester bien stable, très vigilant, et moi je vais me concentrer sur ce que je dois faire. C’est la seule façon de réussir à chaque fois cet exploit.”

Le père n’était pas convaincu, ils s’adressèrent donc à Bouddha qui conclut que la jeune fille avait raison.

Dans un mariage, ou dans toute autre relation de ce genre, vous devez prendre la responsabilité de vos propres actions. L’autre n’a pas la responsabilité de vous rendre heureux et bien tout le temps. Permettez-moi de vous poser une question : Pourquoi vous êtes-vous marié ? Est-ce parce que vous vouliez remplir la vie de quelqu’un de bonheur ou parce que vous vouliez avoir quelqu’un dans votre vie ? Peut-être les deux, mais surtout la dernière raison. De plus, ce que vous entendez par ‘remplir de bonheur la vie de l’autre’ peut être quelque chose de très différent de ce que l’autre entend par là. Vous avez peut-être envie de remplir son frigo de mangues alors qu’elle veut de la papaye.

La plupart des gens se marient avec la principale intention de satisfaire leurs propres besoins. Vous voulez quelqu’un qui puisse prendre soin de vous, qui soit là pour vous, quelqu’un avec qui vous pouvez tout partager etc. Il n’y a aucun de mal à cela. C’est juste que ce n’est parfois pas très commode. Lorsque le mariage devient un contrat de responsabilité où l’autre personne fait constamment attention à vous, ce mariage est voué à l’échec. Pourquoi ? Parce qu’un jour il ou elle se lasse. Et, lorsqu’il ou elle est fatigué(e), il ou elle cherche d’autres sources de bonheur et de joie, il ou elle aime être ailleurs où se reposer et récupérer.

Un sentiment de fatigue crée de la distance dans une relation.

La principale différence que existe entre faire la cour et se marier, c’est ce que les partenaires attendent l’un de l’autre. Quand vous sortez ensemble, vous demandez et vous vous donnez l’un l’autre de l’espace personnel. Vous vous voyez probablement les week-ends ou même si vous habitez au même endroit vous maintenez aussi d’autres relations sérieuses. Quand vous faites la cour, vous demandez par exemple à votre partenaire s’il ou si elle a envie de se joindre à vous pour le dîner. Si il ou elle dit non, vous ne vous mettez pas en colère et vous ne commencez pas à crier. Avec beaucoup d’amour, vous dites “ Ce n’est rien. Nous le ferons un autre jour,” etc.

Mais après le mariage, ce ton doux est remplacé par un sentiment d’appartenance, de possessivité. Quand les prières se transforment en exigences, alors le mariage commence à s’effilocher. Une relation exigeante n’est pas la même chose qu’une relation pleine d’exigences. Je voudrais citer (avec des changements mineurs) Marshall Rosenberg :

Nos demandes sont reçues comme des exigences lorsque les autres croient qu’on va les blâmer ou les punir s’ils n’y consentent pas. Lorsque les gens entendent une exigence, ils ne voient que deux options : la soumission ou la rébellion. De toute façon, celui qui demande est perçu comme quelqu’un de contraignant, et pour celui qui écoute, sa faculté de répondre avec compassion s’en trouve réduite.

Plus nous avons dans le passé reproché, puni, ou “jeté de la culpabilité” sur les autres lorsqu’ils n’ont pas répondu à nos demandes et plus il est probable que notre demande sera entendue comme une exigence. Pour dire s’il s’agit d’une exigence ou d’une demande, observez ce que l’orateur fait si l’on ne consent pas. Par exemple :

Jack dit à son amie Jane : “ Je suis seul et j’aimerais que tu passes la soirée avec moi.”
Est-ce une demande ou une exigence ? La réponse est que nous ne le savons pas tant que nous ne voyons pas comment Jack va traiter Jane si elle n’y consent pas.

Supposons qu’elle réponde, ” Jack, je suis vraiment fatiguée”.
Si Jack dit alors : “Comme c’est bien toi d’être si égoïste !” sa demande était en fait une exigence. Au lieu de ressentir son besoin de repos, il l’a blâmée. (La Communication Non Violente : une language de vie)

L’exigence détruit le mariage.

Si vous voulez vraiment que votre mariage fonctionne, alors vous devez oublier d’être possessif. Donnez-vous de la liberté l’un l’autre pour pouvoir créer un environnement positif propice à l’évolution mutuelle. Dans cet espace libre, l’amour et l’amitié s’épanouiront comme le font les plantes grimpantes sur les gros arbres. De toutes les personnes qui vous manquent, celles qui vous manquent le plus sont ceux qui étaient heureuses et amusantes ou celles qui étaient exigeantes et collantes ?

Si vous voulez hukum mere aaka, votre souhait est un ordre pour moi, comme type de partenaire, alors je vous suggère d’obtenir une lampe magique, comme celle qu’avait Aladin (photo ci-dessus).

Mais si vous êtes marié à un humain et voulez que votre partenaire vous aime, manque de vous et passe du temps avec vous, alors vous devrez respecter son espace personnel. Vous devrez le ou la laisser libre et vous devrez arrêter d’exiger. Trop d’exigences, je sais (je n’ai jamais dit que le mariage était facile.) Alors que le mariage ou l’amour est d’être vous-même, il ne l’est pas aux dépends de l’autre. Parfois, dans les libertés que nous prenons, nous blessons l’autre. Mauvaise idée. Comment vous comportez-vous au travail? Vous disputez-vous avec vos patrons ou vos collègues ? J’espère que non. Pourquoi ? Parce que vous savez que vous devez vous comporter d’une certaine façon ou votre emploi prendra fin.

La scène n’est pas très différente à la maison. L’idée ordinaire est que parce que je travaille toute la journée, je ne devrait rien faire lorsque je rentre à la maison. C’est une erreur. Le mariage nécessite aussi beaucoup de travail. Le mariage est aussi un engagement que vous prenez envers vous-même et envers votre conjoint sur la façon dont vous allez vous mener vous et mener vos affaires (jeu de mots volontaire). Ensemble et individuellement. Ou l’autre façon c’est de laisser la relation libre. Donnez-vous l’un l’autre la liberté et apprenez à mener des vies individuelles en dehors du travail (et de la maison). Si vous êtes positif et heureux, et que vous ne contrôlez ni n’exigez, votre partenaire aura envie de passer plus de temps avec vous. Que faire s’il ne veut toujours pas, demanderez-vous ? Alors vous aurez au moins la paix au cœur de ne blesser personne.

Car, laissez-moi vous dire, en dehors de tout ce que vous pouvez avoir dans ce monde, ce que les gens veulent le plus, ce n’est pas de l’amour, de l’amitié ou de la richesse. Ce qu’ils veulent, c’est la liberté. C’est inestimable. Les gens acquièrent de la richesse pour pouvoir avoir la liberté de faire beaucoup de choses. Même les gens les moins sûrs d’eux ou les possessifs qui s’accrochent à quelqu’un le font pour pouvoir se sentir libres, quand bien même ils veulent être avec cette personne. Pensez-y : qu’espérez-vous accomplir en coupant quelqu’un de sa liberté? Si vous voulez faire l’expérience de l’amour, laissez-les libre.

Lorsqu’un oiseau se sent en sécurité et heureux dans un nid, peu importe à quelle distance il s’envole, il reviendra toujours se percher sur le même arbre, dormir dans le même nid. Nous sommes la race la plus intelligente mais la plus troublée parce que nous ne sommes pas seulement terriens, possessifs et égocentriques (tous les animaux le sont), nous sommes aussi manipulateurs. Nous pensons pouvoir duper les autres ou les contrôler. Nous pensons pouvoir, d’une manière ou d’une autre, leur donner tant qu’ils ne voudraient jamais ni autre chose ni quelqu’un d’autre dans la vie. Espoir secret. L’amour ne connaît pas la manipulation.

Les oiseaux volent librement dans le ciel, les vaches broutent librement dans les prairies, les lions se déplacent majestueusement dans les bois, les abeilles butinent d’une fleur à l’autre sans crainte, et nous, la race la plus avancée , nous avons besoin d’un sentiment d’appartenance en enlevant le droit le plus fondamental de tout être humain ? La liberté. Pas étonnant que nous soyons aussi si destructeurs. Le contraire de la liberté n’est pas la servitude, c’est la destruction. Tout ce que vous souhaitez détruire, enlevez-lui la liberté. Chacun de nous est un souverain de notre propre monde.

L’amour ne connaît que l’attention, il ne connaît que le service et, en fin de compte, il ne comprend que la liberté, car finalement la liberté est la seule émotion qui vous remplisse, qui vous fait vous sentir humain. Elle est totalement libératrice. Et s’il vous plaît, l’expression est âme-soeur, non âme seule. Et, par ‘seule’, je ne parle pas de la plante du pied, je ne l’utilise ce terme que comme adjectif. (note : en anglais ‘sole’ veut dire ‘seul’ comme adjectif, mais aussi ‘plante du pied’ comme nom.)

Quelqu’un a demandé à Mulla Nasrudin lorsqu’il a été élu maire : “Monsieur, buvez-vous de l’alcool ?”
“C’est qu’une accusation ou une invitation ?” dit Mulla.
“C’est juste une question, monsieur” répondit l’autre.
“Oh, ” Mulla rit tout bas. “À quoi bon alors ?”

J’aurais pu répondre à la question de mon lecteur en un mot : divorce. Ou en deux mots : soyez adulte. Ou en trois mots : c’est le mariage. Ou en quatre mots : quelles étaient vos attentes ? Mais, j’ai pensé : à quoi bon alors?

Ne vous prenez pas trop au sérieux; c’est une maladie.

Paix.
Swami

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