La légende raconte que Buddha était un jour en train de prononcer un sermon à Jetavana et qu’il finit en disant,  “Réveillez-vous ! Le temps presse !”

Une heure plus tard, il sortit avec ses plus proches disciples, notamment avec Ananda, toujours actif, et avec Shariputra, toujours curieux. Un grand nombre de personnes traînaient encore dans les parages, attendant d’apercevoir le sage illuminé. Buddha s’arrêta près des portes dans un coin tranquille afin que la foule se dissipe et qu’il puisse passer. À ce moment précis, une femme le repéra et arriva en courant.

“Tathagata,” dit-elle en s’inclinant, “je suis danseuse et je devais faire une représentation dans le palais du marchand le plus riche de la ville. Cela m’avait complètement échappé, mais vous savez tout. Lorsque vous avez terminé en disant,’Réveillez-vous ! Le temps presse !’, cela m’a rappelé mon engagement d’aujourd’hui. Je ne pourrai pas assez vous remercier. J’offrirai à vos pieds la moitié de ce que je recevrai aujourd’hui.”

Buddha sourit et la bénit.

Ils avaient à peine fait quelques qu’un homme s’approcha de Buddha et lui étreignit les pieds. Buddha lui demanda de se lever.

“O Shasta,” dit l’homme, je sais que vous ne jugez jamais personne, alors je dois vous avouer ma vérité. Depuis des mois, je cherche la maison d’un homme riche que j’ai l’intention de cambrioler et de voler. Aujourd’hui, je l’ai vu assister à votre discours et dire plus tard à sa famille qu’ils partaient pour une autre ville. Votre dernière ligne ,” Réveillez-vous ! Le temps presse ! “est arrivé comme une secousse. Je sais que vous m’avez donné le signal et que ce soir je vais réussir ma mission. Si je me fais une bonne prime, je cesserai pour toujours de voler.

“Tathagata ne prêche que la voie du milieu,”dit lui Bouddha en parlant de lui-même à la troisième personne. Tathagata n’encouragerait jamais personne à faire quelque chose qui nuirait au bien-être de quelqu’un d’autre.”

“Je sais juste que vos dernières remarques du sermon m’étaient destinées,” dit l’homme en prenant congé de Buddha avec beaucoup de déférence.
Avant que Buddha puisse dire quoi que ce soit, l’homme prit ses jambes à sn cou.
“Quel homme étrange !” murmura Shariputra à Ananda qui se contenta de rire en retour.
“Ne jugez pas,” les réprimanda gentiment le Buddha.

Bientôt, la nouvelle se répandit que le sage éveillé se promenait avec ses disciples en dehors du vihara et que la foule se rassemblait à nouveau. Buddha décida qu’il valait mieux retourner. Juste à ce moment-là, un vieil homme, bien habillé et paré de parures raffinées dignes d’un nanti, arrêta Buddha.

“O Bhante! Buddha toujours miséricordieux !” dit-il, les mains jointes et les yeux qui s’embuaient. Toute ma vie, j’ai couru après les choses matérielles, poursuivant ce but-ci et ce but-là. Plus de gloire, plus d’or, des demeures de luxe, de la débauche, de la duperie et des pensées immorales : tel est le résumé de ma vie. Pour qui, pour quoi, je me demande… Votre discours d’aujourd’hui m’a ouvert les yeux. En particulier, lorsque vous avez fait la déclaration finale, “Réveillez-vous ! Le temps presse !” Avec une telle conviction, j’ai immédiatement compris que c’était pour moi. J’ai décidé de me retirer de toute entreprise matérielle et de travailler avec diligence pour le nirvana. Comment vais-je jamais vous rembourser ?

Buddha bénit l’homme et regagna sa demeure où arbres, oiseaux, daims et vie privée l’attendaient.

Ananda lui lava les pieds et Shariputra lui offrit de l’eau de coco. Anuruddha et Subhuti se mirent à l’éventer tandis que Nanda et Upali remplissaient des seaux d’eau pour asperger les murs de chaume de son cottage où il se reposait afin de le rafraîchir.

“Faites attention, mes fils spirituels.” Buddha les fit se rapprocher. “Tathagata a fait la même déclaration à toute la congrégation, mais cela a signifié quelque chose de différent pour différentes personnes. Chacun l’a interprété selon sa compréhension, à sa convenance et compte tenu de ses circonstances. Par conséquent, je dis, votre libération ne dépend que de vous.”

Avez-vous remarqué que nous entrons en conflit lorsque les autres n’approuvent pas nos actions ou que nous n’approuvons pas les leurs ? Leurs actions ne semblent pas justes ou, plus important encore, leur point de vue n’est pas le même que le nôtre. Ils ont peut-être grandi dans la même culture, ils ont peut-être même étudié dans la même école que la vôtre. Ils ont peut-être même grandi dans le même foyer que vous et cela ne veut pourtant pas dire qu’ils voient le monde à travers la même paire d’yeux. Buddha a beaucoup insisté sur la “vision juste”, ce qui veut dire un point de vue qui est non-violent (en pensées, en paroles et en actions), que je suis responsable de ce que je ressens et, par-dessus tout, que tout ce que je vis est le résultat de mes actions et de mon conditionnement (lisez : perspective de vie). En effet, le noble quadruple sentier commence par une vision juste parce que, selon lui, et je suis d’accord, tout le reste s’effondre en l’absence d’une saine compréhension. En termes simples, la “vision juste ” comprend les éléments suivants:

1. Nos actions ont des conséquences.
2. La mort n’est pas la fin.
3. Nos actions et nos croyances ont des conséquences après la mort.

Si deux personnes peuvent voir le monde de la même manière, elles ne seront pas en conflit. Et d’habitude, là est toute la difficulté : aider l’autre à voir votre point de vue ou vous-même à voir le sien.

Il est difficile de faire comprendre quelque chose à quelqu’un quand son salaire dépend de sa non compréhension !
- Upton Sinclair

J’ai compris que ce salaire n’était pas toujours monétaire, il ne s’agit souvent que de nos croyances bien ancrées sous forme d’une moralité biaisée et d’un conditionnement social. Nous sommes tout le temps confrontés, à un niveau personnel, interpersonnel et professionnel.

L’atteinte du résultat souhaité dans n’importe quelle situation dépend presque entièrement de votre capacité à convaincre l’autre personne de croire à votre histoire. La paix entre deux personnes ou entre deux entités ne peut exister que si elles peuvent se voir mutuellement. Pensez-y. C’est la cause fondamentale de tous les conflits, la base de nos luttes à tous les niveaux : l’autre personne ou l’autre parti ne comprend pas pourquoi nous faisons ce que nous faisons ou ne semblent pas l’accepter. Et vice versa aussi; nous ne pouvons pas accepter ou comprendre leurs manières.

Il faut de la patience, de l’empathie et de la sagesse (parfois aussi des conseils) pour changer de paradigme, abandonner l’objectif coloré et avoir le courage de voir le monde tel qu’il est. En fait, le non-examen des pensées est l’un des six principes d’une bonne méditation. Vous ne pouvez pas voir ce qui se trouve à la surface d’un étang à moins d’arrêter de remuer l’eau. Calmer l’esprit quand il fait rage avec des jugements et des analyses pour que vous puissiez voir les choses telles qu’elles sont, c’est ce en quoi consiste la méditation, c’est ce que j’entends par “vision juste.”

“Comment se fait-il que tu sois toujours heureux ?” demanda un jour un ami à Mulla Nasrudin.
“C’est très simple, mon ami,” dit Mulla. “J’ai une femme belle et intelligente. Même si ma journée est stressante, je rentre chez moi et passe une soirée tranquille et intime avec elle et tout mon stress disparaît.”
“Vraiment ?”
“Ça marche, crois-moi !”

Son ami le remercia pour le sage conseil. Environ deux semaines plus tard, alors que Mulla dînait, il entendit frapper à la porte. C’était son ami, le regard baissé.

“Toi ici ? Maintenant ? Tout va bien ?” s’écria Mulla.
“Je suis très stressé,” Mulla, “et je suis prêt à passer une soirée tranquille avec ta femme.”

Alors maintenant, vous savez ce que je ne veux pas dire par voir le monde du point de vue de quelqu’un d’autre. Ce n’est pas que nous devons faire ce qu’ils font dans leur monde. Souvent, cela signifie simplement que nous apportons toute une gamme de possibilités à notre monde, pour que nous ne devenions pas stagnants ni régressifs. Après tout, le progrès à tous les niveaux n’est rien de plus que l’acceptation d’un nouveau mode de vie, d’une nouvelle dimension, d’une autre perspective. Relevez le défi.

Le voyage vers une nouvelle vie commence par une nouvelle façon de penser. Réveillez-vous ! Le temps presse…

Paix.

Swami

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