J’ai lu l’autre jour l’histoire de Patacara dans les mots d’Anna Prajna Douglas tirés de La Lampe Cachée. Comme suit (partiellement paraphrasée) :

Il y a quelques 2500 ans, Patacara naquit dans une famille riche de l’Inde mais, par la suite, elle s’enfuit pour épouser un page. Une tragédie frappa sa vie quand Patacara fut sur le point de donner naissance à son second enfant. Elle perdit toute sa famille en un seul jour. La légende dit que son mari fut piqué par un serpent venimeux le même jour que le nouveau né fut emporté par un faucon. En quelques minutes, la maison de ses parents s’écroula en tuant son frère, sa mère et son père tandis que son fils aîné se noya ans une rivière.

Folle de chagrin, Patacara déchira ses vêtements et se mit à vagabonder comme une démente. Nue et débraillée, elle erra sans but pendant longtemps jusqu’à ce que, dans ses méandres, elle arrive à Jetavana où Buddha enseignait. En voyant son état pitoyable et inconvenant, certains des anciens moines se levèrent pour la conduire hors de la vue du sage. Buddha leva la main pour les arrêter.

Patacara tomba à ses pieds. Ses larmes s’étaient asséchées depuis longtemps. Ses cheveux étaient noués, son corps sale empestait. Inconsciente de son aspect, elle riait et sanglotait tout à tour.

“Noble dame,” dit Buddha avec douceur, sois consciente.

A ses paroles empreintes de compassion, Patacara ressentit une sensation de normalité et prit instantanément conscience qu’elle était toute nue. Un homme lui offrit son manteau et elle s’en couvrit. Elle raconta la tragédie et supplia Buddha de l’aider.

“Je ne peux pas t’aider,”dit Buddha. Personne ne le peut. Pendant d’innombrables vies tu as pleuré tes bien-aimés. Tes larmes pourraient remplir les quatre océans. Mais personne ne peut servir de cachette sûre contre la souffrance. Sachant cela, celui qui est sage marche sur la voie de l’éveil.”

Aux paroles de Buddha et en sa présence, tout son être fut envahi d’un profond sentiment de paix. Le sage dit alors les versets suivants du Dhammapada (288-289):

“Il n’y a pas de fils qui puisse donner refuge, pas de père, pas de famille pour celui qui est saisi par la Mort, aucun abri dans la famille. Conscient de cela, le sage, retenu par la vertu, doit dégager le chemin qui mène au Nirvana.”

Elle fut ordonnée dans son sangha et Buddha lui demanda de méditer sur l’impermanence.

“Patacara, dit-il, tout le monde meurt un jour. Tous les êtres humains doivent mourir. Il vaut mieux voir la vérité de l’impermanence, ne serait-ce qu’un instant, que de vivre cent ans et de ne pas la connaître.

L’impermanence est l’essence de l’existence. Notre monde, cet univers, survit et est intact parce qu’il change constamment. Et à la racine de nos luttes se trouve la quête de la permanence, pour s’assurer vainement, d’une manière ou d’une autre, que tout bien dans notre vie demeure tel qu’il est. Mais l’harmonie et l’évolution fleurissent à partir d’un autre principe : le principe de liberté.

Vous tuez tout ce à quoi vous vous cramponnez. Pour que quelque chose survive, il doit connaître un degré de liberté. Imaginez que les cieux s’accrochent aux nuages, sans jamais les laisser partir. Il n’y aurait pas de pluies, à la fin les océans s’assècheraient aussi et la planète cesserait d’exister. La Nature se maintient par le principe de l’impermanence. S’éveiller, c’est se sentir bien avec votre vie qui change constamment. Cela peut ne pas être facile mais c’est tout à fait faisable.

Si quelqu’un ne veut pas se trouver dans votre vie, laissez-le partir. Il n’y a aucune sagesse à s’accrocher à un partenaire, à une personne, à un employeur ou à une chose. Toutes les choses et tout le monde doivent mourir à la fin. Se séparer de tout ce que nous aimons n’est pas une question de “si”, mais de “quand”. C’est inévitable, ce n’est qu’une question de temps. Notre enfance, notre adolescence, notre jeunesse, notre vieillesse, toutes les phases passent. Ceux qui vous ont profondément aimé hier peuvent vous exécrer demain. Les souvenirs de celui que vous avez profondément aimé un jour peuvent aujourd’hui ne vous donner que du chagrin. C’est le samsara – cyclique et transitoire.

Dès le moment où vous vous rendez compte que rien ne dure à jamais et où cela vous va, l’illumination est imminente. Elle est toujours suivie par un état de tranquillité et d’harmonie parfaites.

“Chéri, dit une femme à son mari à la table du petit déjeuner, hier j’ai rêvé que tu m’offrais un collier de perles. Que penses-tu que cela veut dire ?

L’homme embrassa sa femme en souriant et murmura :

” le sauras ce soir.

Ce soir-là, il rentra chez lui avec un petit paquet magnifiquement emballé. Il lui donna le paquet avec un grand sourire taquin. Sa femme sauta de joie et s’installa sur le divan pour ouvrir son cadeau. Elle retira le ruban, déballa le paquet.

C’était un livre intitulé : “La signification des Rêves.”

Nous rêvons que la vie nous offre un collier de perles quand en réalité elle projette de nous donner la signification de notre rêve. Ce décalage est la cause principale qui fait que la plupart des gens vivent éternellement des montagnes russes émotionnelles. Ils veulent de la permanence, de la garantie, quand il n’y en a aucune. La vérité est qu’absolument tout est transitoire, une phase passagère.

samaya pāe phala hota hai samaya pāe jharī jāta, 
sadā rahe nahīṃ eka sī, kā rahīma pachtaat. 

Quand vient le temps, les arbres se chargent de fruits et ensuite, avec le temps, ils se dépouillent de ces feuilles et de ces fruits. Que rumines-tu, dit Rahim, quand toutes les saisons passent.

C’est l’une des plus puissantes affirmations que vous puissiez vous faire pour que votre coeur s’imbibe de la vérité de l’impermanence. A chaque fois que vous êtes déprimé ou perturbé, à chaque fois que vous vous sentez perdu ou affaibli, touchez-vous simplement le coeur et dites-vous que ce moment va passer. Cette souffrance fait aussi partie de la vie. C’est l’une des saisons. Frappez-vous le cœur d’un doux toucher de la main et dites-vous que ce moment d’épreuve ne va pas toujours durer.

A chaque fois que vous êtes absolument enchanté ou que vous pensez que vous avez la meilleure des vies, tapez-vous encore le coeur et souvenez-vous que ce moment ne va pas durer non plus. Il est lui aussi l’une des saisons passagères. Cela aura un effet étrange mais positif sur votre paix mentale. Vous vous sentirez plus concentré et plus solide.

Dans la plénitude du temps, l’instant présent doit laisser le passage à l’instant présent qui suit. Le présent doit céder à l’avenir. Ce jeu incessant d’instants qui apparaissent et qui passent est ce qui donne de la beauté à l’imprévisibilité de notre vie. C’est au-delà de notre compréhension et de notre contrôle. Au mieux, vous pouvez le vivre, l’aimer et vous en réjouir. Avec reconnaissance. Et la paix, puis-je ajouter, est le seul véritable trésor. Le reste, ce sont des acquisitions temporaires.

Paix.
Swami

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