Je me souviens d’avoir lu un jour cette histoire vraie racontée par un certain Pablo Valle. Il se trouvait au Japon où il prenait des cours d’anglais. L’hiver approchait vite et, comme cela arrive au changement de saisons, beaucoup de gens attrapaient froid ou attrapaient la grippe. Un matin qu’il faisait froid, une étudiante japonaise entra dans sa classe la bouche couverte. Elle portait un masque chirurgical. Pablo pensa : “Ça alors ! Dans ce pays, les gens iraient jusqu’aux extrêmes pour ne pas tomber malades.” Une heure plus tard, lors d’une courte pause, il s’approcha d’elle. “Pourquoi un masque ?” se moqua-t-il. “Avez-vous si peur d’attraper froid ?”

“Pas forcément”, dit-elle. Au Japon, vous vous en servez quand vous êtes indisposé et que vous ne voulez pas que les autres tombent malades. C’est quelque chose de poli qu’il convient de faire.”

Pablo fut aussi embarrassé qu’abasourdi et il se dit que c’était une leçon qu’il n’oublierait jamais. La vérité est comme Pablo : nous nous formons constamment des opinions sur les choses et sur les gens en nous basant sur un ensemble de suppositions qui sont rarement bonnes, en nous basant sur une vision souvent préconçue. Sur quoi se fonde notre connaissance, après tout ? (Le titre du courrier d’aujourd’hui est une question qui, à l’origine, a été posée par Socrate). Nous sommes si conditionnés, et quelquefois si [trop] confiants en ce que nous pensons que nous classons et que nous étiquetons les autres sans même en avoir conscience. Pour parler simplement : nos conclusions prématurées manquent souvent de raison et de substance.

Personnellement, j’ai classé les stéréotypes en positifs et en négatifs. Les deux sont cependant également préjudiciables parce que lorsque nous nous formons une opinion qui n’est pas basée sur des faits mais sur un ensemble d’idées fixes que nous avons dans notre tête, notre propre comportement subit un décalage spectaculaire. Par exemple : tard dans la soirée, vous voyez quelques jeunes noirs dans un parc avec une chaîne stéréo portable qui joue à fond et vous craignez immédiatement pour votre sécurité. Ce sont peut-être des étudiants en MBA à Harvard, voire des agents secrets, mais un esprit peu profond perd tout sens de jugement et de compréhension. Il saute bien trop vite à une conclusion.

Une fois que nous nous faisons une idée sur quelqu’un en nous basant sur nos suppositions, notre mode de pensée change pratiquement immédiatement. Nous jugeons les gens en nous basant sur leur air, sur leur manière de parler, d’agir, de marcher, etc. Nous les classons éternellement en nous basant sur leur race, leur religion, leur couleur, etc. Et même si vous n’en êtes pas conscients, ces stéréotypes, qu’ils soient positifs ou négatifs, affaiblissent votre sens de l’amour propre et du respect de soi. Comment, pourriez-vous demander ? Continuez de lire.

Les positifs vous insufflent un sentiment de peur et de soumission. Par exemple : lorsque nous rencontrons quelqu’un qui a de l’autorité, de la richesse et une position, nous concluons vite qu’il doit commander notre respect. Que, d’une manière ou d’une autre, cette personne est meilleure que moi et que je dois donc faire preuve de soumission. Ou nous pouvons attribuer un stéréotype négatif qui amène la peur, la jalousie, la haine ou l’envie. Nous pouvons, par exemple, penser que le riche doit être mauvais ou que le politicien puissant doit être un menteur, ou que celui qui porte une robe doit être un fanatique et ainsi de suite.

Des deux côtés, les stéréotypes ne vous laissent pas explorer la vie, ils vous limitent énormément, vous et votre potentiel. Nos idées conventionnelles sur les autres restreignent considérablement notre liberté de jouir mieux de notre monde et de mieux le comprendre. Ils nous donnent une vision déformée de la réalité. Regardez l’histoire de notre race, les seuls peuples qui aient changé le monde ont été ceux qui ont défié les conventions. Un Martin Luther King, une Mère Teresa, un Gandhi, un Einstein, un Darwin, sont nés parce que quelque part ils n’ont pas souscrit aux stéréotypes mais ont plutôt écouté leur voix intérieure.

Les Hindous ne sont pas tous tolérants ni tous les musulmans rigides; les Catholiques ne sont pas tous loyaux ni tous les Juifs orthodoxes. Tous les riches ne sont pas orgueilleux ni tous les pauvres gentils; tous les politiciens ne sont pas menteurs ni tous les avocats malhonnêtes.

Sans passer du temps avec les gens ou sans avoir l’occasion de les observer minutieusement, toute opinion que vous vous ferez sur eux a toutes les chances de se baser sur une supposition ou sur une idée préconçue et non pas sur la réalité concrète. Si vous y pensez vraiment, personne ne gagne quoi que ce soit en formant un stéréotype négatif. Cela n’amène que de la haine et de la colère. Un passager anglais voyageait dans le métro de Londres quand un homme d’apparence arabe sortit du train en y laissant un sac. Soupçonnant quelque chose de louche, le passager attrapa le sac et poursuivit son propriétaire. Après l’avoir rapidement rattrapé, il lui fourra nerveusement le sac dans les mains. L’homme le remercia avec effusion et mit la main dans son sac qui apparut contenir des tas de billets de banque. Il lui offrit une récompense que l’anglais poli refusa. L’arabe regarda furtivement autour de lui et il murmura : “Comme je ne peux pas vous récompenser de votre gentillesse, monsieur, je vais vous donner un conseil : Tenez-vous loin du Dîner Américain sur la Coventry Street.”
Terrifié, l’anglais chuchota : “Va-t-il y avoir une attaque ?” “Non” murmura l’autre, “Leur nourriture, c’est de la merde et leurs desserts sont horribles.”

La prochaine fois que vous jugez quelqu’un d’après son apparence, ses vêtements, sa race ou un autre facteur, arrêtez-vous un instant. Croyez-moi, ça en vaudra le coup. Apprenez juste à les connaître vraiment avant de penser que vous les connaissez déjà.Et voilà en bref ce qu’est un stéréotype: c’est de penser que vous les connaissez sans du tout les connaître. Rappelez-vous de ne pas les mettre dans des cartons en vous basant sur l’idée que vous vous faites d’eux. Je ne vous dis pas que vous n’avez pas le droit d’avoir une opinion. Vous en avez le droit. Mais, formez-la en vous basant sur votre propre expérience, en vous basant sur une information de première main et non pas sur un bouquet d’idées préconçues. Cela vous aidera à garder la tête vide, le cœur léger et l’esprit libre. Un sourire apparaîtra naturellement sur votre visage. De plus, quand vous les connaîtrez pour de vrai, vous réaliserez à quel point vous les connaissiez peu.

Quand vous vous ouvrez à quelqu’un sans être rapide à juger, vous apprendrez à voir et à apprécier le monde aussi d’après leurs propres yeux. Vous aurez aidé à faire de notre planète un meilleur endroit. Ne pas juger trop vite est aussi une forme de compassion. Et la compassion fait disparaître la négativité. Oui, la compassion a le pouvoir de tout faire fondre. Elle dissout; elle absorbe. Pratiquez-la pour savoir ce que je veux dire.

Paix.
Swami

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