On me pose souvent des questions sur le guru, le rôle du guru, sur l’abandon à votre guru, jusqu’où vous pouvez avoir confiance en votre guru, etc. etc. Une charmante lectrice, qui a suivi mon blog pendant un temps et qui a déjà lu ma biographie, m’a écrit récemment. Elle était fort tourmentée (et peut-être à juste titre) après avoir lu un article (ici même) sur Satyananda (1923-2009), un guru en yoga de renom, dont l’ashram fait l’objet d’une enquête pour abus sexuels. Elle écrit :

Après avoir laissé mariner le sujet pendant un moment, et après avoir lu votre biographie, j’en suis arrivée à certaines conclusions :

1. Le guru est encore quelqu’un d’humain et les gurus ne sont pas tous exempts de samskara. D’où les nombreux cas de gurus grossiers. Le guru a une position de pouvoir absolu et, comme l’a dit George Orwell : “Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument.” Le véritable guru, dégagé de l’esclavage, n’abuse pas de son pouvoir.

2. Séparez les enseignements du guru (l’accentuation est de moi). En dépit de ce problème, je continue de penser que la connaissance du yoga qu’ils ont transmise est bonne. Donc : prenez le bon et laissez de côté le mauvais. Si le Guru ne peut plus rien donner de bon – poursuivez votre route. De la même manière que vous l’avez fait en quittant Baba. De la même manière que Buddha l’a fait en quittant ses maîtres Aalara et Udaka.

J’aimerais que ce soit facile – de séparer enseignements et guru. Ce n’est certainement pas impossible, mais ce n’est pas non plus très facile. Je ne suis pas sûr de pouvoir vous donner une réponse satisfaisante, mis permettez-moi de vous faire part de mes idées sur ce sujet important.

Par le passé, j’ai écrit (ici-même) que la relation entre guru et disciple était différente de toute autre relation parce qu’elle était dénuée des habituelles concessions mutuelles. Mais une question importante à se poser est de savoir qui est un guru et ce qui fait de quelqu’un un guru. Porter l’habit, donner un cours, être capable de faire un discours ou avoir des disciples ne fait pas de vous un guru.

Tout le monde peut mettre un habit – blanc, noir, ocre ou de n’importe quelle autre couleur, cela n’a aucune importance. De même que l’on étudie la physique ou la littérature anglaise, on peut aussi étudier la littérature védique ou yoguique; il n’y a pratiquement aucune différence – on vous met au contact d’une école de pensée ou d’une autre. Par exemple, quiconque ne craint pas de faire des efforts peut devenir un médiateur ou un orateur. Quant à ce qui est d’avoir des disciples, vous pouvez trouver nombre consommateurs pour n’importe quelle philosophie de ce monde. Même les philosophies les plus absurdes, les enseignants ou les prêcheurs les plus stupides peuvent recueillir un immense public. Le fait d’avoir un large public n’a absolument aucun rapport avec la qualité du guru. Cela veut simplement dire que le guru séduit les masses. Même une pomme de terre ou une citrouille séduisent énormément de gens.

Voyez les mouvements de méditation, de yoga ou les mouvements spirituels qui ont eu le plus de succès au cours des temps et dans lesquels les disciples ont consacré toute leur vie au guru, à la secte ou au mouvement. Combien en fin de compte sont réellement parvenus à l’illumination ? Aucun. (Du moins je n’en ai rencontré aucun). Vous vous demandez pourquoi ? Que je vous dise honnêtement quel est mon premier principe directeur : personne n’a jamais obtenu l’illumination dans un ashram, un temple ou un monastère. Quand un guru vous dit de suivre son système pour parvenir à la réalisation ou au paradis, il vous trompe. Vous méritez mieux. On peut appeler ceci ou cela méditation, ceci ou cela kriya, peu importe. Ce ne sont que des cadres et des systèmes et ils fonctionnent parce que quand on en vient à la spiritualité, beaucoup de gens sont heureux avec très peu.

Si vous vous apprêtez à mettre quelqu’un sur un piédestal parce qu’il délivre un bon sermon ou parce qu’il est charmant ou bien informé, les chances de vous faire mal augmentent de manière exponentielle. Vous pouvez prendre comme guru un interprète compétent ou un bon vendeur. Ils vous transformeront en pantins, ils se serviront de vous pour servir leur cause et ils vous contrôleront parce que vous les laissez faire. Et cela m’amène à vous donner mon second principe directeur : n’acceptez personne comme guru simplement parce qu’il vous a bouleversé. Ne les suivez que si vous aimeriez être comme eux.

Si votre guru vous donne pour enseignement de vous tenir loin de la colère mais que vous le voyez crier, c’est un hypocrite. Si vous sentez en lui avidité et égoïsme, si vous le voyez proférer des mensonges alors qu’il vous demande de pratiquer la vérité, c’est un hypocrite. Quand bien même il prêcherait l’amour et la compassion, si quelque soit la cause, ses immeubles, ses ashrams sont plus importants pour lui que le bien-être et le bonheur de ceux qui lèvent les yeux vers lui, c’est un hypocrite. Ouvrez les yeux, s’il vous plaît, et réveillez-vous. Abandonnez-le. N’acceptez pas ce qui est mauvais juste parce que votre guru le pratique. Et cela conduit à un point extrêmement important : qu’est-ce qui est mal?

Quand ce que l’on dit n’est pas ce que l’on fait, c’est mal. Par exemple, si Osho dort avec une femme, je ne dirai pas que c’est mal parce qu’il n’a jamais dit qu’il ne le faisait pas. Mais si Ramdev le fait, je le signalerai alors comme une mauvaise conduite parce qu’il a dit qu’il était célibataire. Tant que leurs actions sont en accord avec leurs paroles, je ne vois pas de trahison. Si votre guru est ouvert et honnête, il n’y a alors pas de mal, même si vous n’êtes pas d’accord avec lui. A ce moment-là, vous avez le choix, ou vous restez ou vous partez. Et par ouvert et honnête, je ne veux pas dire qu’il doit vous faire part de son journal intime (sauf s’il vous demande le vôtre). Si ses actions ou sa conduite ne s’accordent pas avec vous, poursuivez votre chemin. Parce que l’on ne doit pas tout juger et, tout comme vous, votre guru a aussi le droit d’avoir une vie à lui.

Ceci dit, je peux vous dire ce qui est mal indépendamment du degré de tolérance de votre guru ou du degré de spiritualité que la situation peut sembler revêtir. Lorsque les gens sont heurtés, insultés, molestés ou maltraités, c’est toujours mal. Toujours. Si l’on vous demande de mentir à vos camarades disciples pour une raison ou une autre, c’est toujours mal. Si votre guru vous dit que sa voie est la seule, c’est le plus grand des mensonges. Si vous voyez le mal, vous ne devez pas le tolérer et vous contenter de partir. Parlez franchement. Apprenez à faire confiance à votre voix intérieure. Tous les gurus ne sont pas mauvais. Même aujourd’hui et dans cette époque où nombre d’entre eux sont des escrocs, il y en a aussi beaucoup qui sont d’honnêtes et de bons gurus. Si vous parcourez le chemin avec sincérité, la nature fera de telle sorte que vous ayez un guru dans votre vie. Croyez-moi.

Avant d’accepter qui que ce soit comme guru, prenez votre temps. Examine-le on examinez-la à fond. Cent fois. Avec insistance. Ne le prenez pour guru que si vous acceptez vraiment ce qu’il représente et que vous voulez devenir comme lui. Une fois que vous êtes prêt, mettez votre confiance non pas en votre guru mais en ce qu’il représente. Parce que lorsque vous mettez votre confiance dans un phénomène et non seulement en quelqu’un, lorsque vous placez vos sentiments dans une croyance ou dans une cause et plus seulement dans son adepte, alors cela n’est plus seulement de la confiance, cela devient de la foi. Et la foi, à la différence de la confiance, ne peut jamais être trahie, parce que la véritable foi est inconditionnelle. Elle ne se base sur rien.

Être guru n’est pas une position de pouvoir absolu mais c’est un canal d’extrême compassion. Il n’abusera jamais de son pouvoir parce que, pour commencer, il ne détient aucun pouvoir, il n’a que l’amour. Un véritable guru ne vous dira jamais de marcher aveuglément sur son chemin, mais au lieu de cela il vous encouragera à trouver le vôtre. Il est doux comme la rivière qui coule, chaud comme le soleil de printemps, brillant comme la pleine lune, régénérant comme la première pluie d’été. Et si en sa compagnie vous ne vous sentez pas vous-même doux, chaud, brillant et régénérant, alors ce n’est pas le guru qu’il vous faut.

Paix.
Swami

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