Comment dois-je méditer ? Quelle méthode est la meilleure pour moi ? Mon esprit ne reste pas tranquille quand je médite; comment stopper son vagabondage ? Quand il s’agit de méditation, ce sont les troi questions les plus communes que l’on me pose. Bien entendu, le mental ne reste pas tranquille et c’est la raison pour laquelle nous méditions. Mais je sais ce que vous voulez dire; plus vous essayez dur de méditer, et plus le bavardage devient bruyant. Patanjali l’appelle vritti : fluctuations de la conscience ou vagues de pensées. Et la méditation est l’art de subjuguer les fluctuations pour faire l’expérience de la félicité suprême que seul connaît le mental calme.

Veuillez noter le mot art dans la phrase précédente. Alors que la base de la méditation est plutôt scientifique (basée sur, et vérifiable par, cause et effet) et alors qu’elle est un sujet de discipline (physique, mentale et morale), pratiquer et perfectionner la méditation demeure un art. Comme l’artiste, plus vous pratiquer et plus vous y arrivez. Vous commencez à comprendre les nuances plus subtiles, vous commencez à vous élever au-dessus de vos expériences, vous savez quoi anticiper, l’acte de méditation devient facile en fin de compte. Et à partir du moment où vous commencerez à faire l’expérience de la facilité dans votre méditation, vous aurez atteint une étape importante. La réalisation est fort proche pour un méditant de ce genre.

Quelle est donc la meilleure méthode de méditation puisqu’il semble y en avoir beaucoup ? Cela ne fait aucun doute, il y a des myriades de différentes manières de méditer. Il y a plus de méthodes de méditation que d’étoiles dans l’univers. Très bien, c’est une exagération déraisonnable mais je suppose que cela vous donne une idée. Cette méthode-ci, cette méthode-là, cette manière-ci, cette manière-là, ce système-ci, ce système-là et ainsi de suite. Mais ce qu’il convient de noter, c’est que la plupart de ces méthodes sont réellement de bonnes méthodes. Elles fonctionnent, mais comme n’importe quel autre système, elle ne fonctionnent que pour ceux qui persistent. Le problème ne se situe pas au niveau de la méthode en soi, mais au niveau de celui qui pratique. Mon conseil ? Retournez aux principes fondamentaux. Asseyez-vous et concentrez-vous ou asseyez-vous et contemplez. C’est à peu près tout.

Peut-être est-ce maintenant pour moi la bonne occasion de m’étendre sur les différents types de méditants, parce que pour ceux d’entre vous qui se joindront à moi lors de la retraite de méditation la semaine prochaine à Rishikesh, il y a déjà trop à couvrir. Six jours sont trop courts. C’est pourquoi, aujourd’hui, parallèlement au yoga sutras de Patanjali, je vais m’étendre sur les différentes sortes de méditants. Dans le(s) prochain(s) courrier(s), j’aborderai les neuf états de prise de conscience et les neuf stades de conscience. Cela vous aidera à comprendre votre position actuelle et par la suite à mesurer votre progrès au fur et à mesure que vous avancerez sur la voie très difficile mais gratifiante, venteuse mais magnifique de la méditation. Voici sans plus de cérémonie les quatre différents types de praticiens :

Méditant profond

Un méditant profond est certain d’obtenir des résultats irréversibles et énormes de la méditation. Il n’y a aucun doute là-dessus. Quand il s’agit de méditation, l’intensité de l’effort va de pair avec la grandeur de la récompense. Dans ses aphorismes, Patanjali déclare :

Tivra samveganam asannah.
La réalisation est très proche pour le praticien profond qui marche avec foi, enthousiasme et vigueur sur la voie de la méditation."
IAST: Tīvrasanvēgānāmāsannaḥ. (Yoga Sutras de Patanajali, I.21)

Ça a été aussi mon expérience qu’en fin de compte, si vous êtes sérieux pour ce qui est de faire l’expérience de la félicité suprême par la voie de la méditation, vous devrez tôt ou tard intensifier votre pratique. Un méditant profond est celui qui tient une moyenne de six séances de méditation par 24 heures et qui le fait sur une base régulière au minimum pendant six mois. Une séance moyenne pour un méditant de ce genre dure entre 60 et 90 minutes. En faire plus est considéré comme suprêmement profond d’après le Shiva Samhita, autre texte yoguique génial.

Vous pourriez demander qui a le temps de méditer aussi longtemps actuellement et à cette époque. Juste pour vous donner une indication, lors de ma période de pratique intense, je pratiquais pendant dix heures d’affilée et je faisais ensuite une autre séance de six heures. Sans bouger, dans un calme presque parfait. A l’apogée de ma pratique, pendant approximativement sept mois, je méditais tous les jours pendant 22 heures environ. De tout ce que j’ai jamais essayé dans ma vie, ça a été l’effort le plus difficile et le plus épuisant que j’ai jamais entrepris. Je dois ajouter que ça a aussi été le plus gratifiant. Je n’ai naturellement pas mis ces longues heures dès le mot : partez; j’ai plutôt développé cela sur plusieurs années. Ceci étant dit, vous n’avez pas à méditer pendant 22 heures à moins que vous souhaitiez faire l’expérience de ce dont j’ai fait l’expérience (et fais encore). Des résultats évidents arrivent selon la qualité, la durée et l’intensité de votre pratique.

Dans l’aphorisme suivant, Patanjali parle de trois différents types de méditants susceptibles de bénéficier de la méditation :

Mridu Madhya adhimatratvat tatoapi visheshah.
Selon l'intensité de leur pratique, les méditants
peuvent être légers, moyens et assidus.
IAST: md̥rumadhyādhimātratvāt tatō'api viśēṣaḥ. 
Yoga Sutras de Patanajali, I.22)

Méditants assidus, moyens et légers

Un méditant assidu est celui qui médite 4 fois en moyenne par 24 heures, chaque session durant un minimum d’une heure. Un méditant qui médite toujours en adoptant cette discipline pendant au moins une année peut être dit méditant assidu, mais non celui qui le fait pendant quelques semaines.

Un éditant moyen est celui qui tient trois sessions de méditation par 24 heures, chaque session durant au moins une heure. S’il a suivi ce régime pendant un minimum de six mois, on peut le classer sans risque comme méditant moyen.

Un émditant léger est celui qui tient une ou deux sessions de méditation par 24 heures, généralement à l’aube et au crépuscule. La longueur d’une session moyenne de méditation pour un praticien léger est entre 30 minutes et une heure.

La plupart d’entre vous êtes trop occupés pour investir un temps significatif dans la méditation. Ou, l’êtes-vous ? Il se peut que vous vouliez lire un courrier là-dessus ici.

Même si vous êtes un méditant léger, vous avez quand même beaucoup à gagner de la méditation. Méditer avec discipline et persistance conduit progressivement à différents niveaux de prise de conscience. Même un méditant léger peut aller au niveau suivant, pourvu qu’il ou elle continue de mettre un temps de qualité dans la méditation.

Selon les écritures yoguiques, et je m’en porte garant, les méditants suprêmement profonds, profonds, assidus, moyens et légers passent par les neuf états de prise de conscience et les sept stades de conscience. Ils sont assez similaires aux neuf états d’attention et aux neuf stades de félicité que je vous ai expliqués plus tôt. Mais vous ne pouvez qu’en profiter en en sachant plus. J’essaierai de griffonner quelque chose là-dessus la semaine prochaine.

Quelqu’un a demandé à Mahavira, le fondateur du Jaïnisme, contemporain de Buddha et également illuminé : “Qu’avez-vous gagné d’une telle méditation intense ?” “Je n’ai rien gagné”, dit le sage. “Mais j’ai beaucoup perdu, y compris ma colère, mon orgueil, ma luxure, ma haine et mes idées fausses.”

Magnifique réponse. La méditation, c’est vous vider. Paradoxalement la méditation ne consiste pas à gagner, mais à perdre, à perdre votre fausse identité, à perdre beaucoup de tout ce à quoi vous teniez. De toute façon, elle libère. Plus vous versez de miel et plus il devient doux.

Paix.
Swami

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