Quelqu’un qui a suivi mon blog et mes discours depuis le commencement s’est adressé à moi l’autre jour. Il a raconté une histoire qui fait fondre le cœur. La voici dans son expression directe.

“Swami,” dit-il, “La première chose que je fais tout de suite après avoir pris mon bain le matin, c’est d’allumer une lampe à l’autel et de dire mes prières. En plus de l’encens et de la lampe, j’offre aussi des fleurs fraîches. J’ai un petit endroit où je fais pousser ces fleurs avec beaucoup de soin et d’amour parce qu’elles sont offertes à Dieu. Je les arrose tous les matins et tous les soirs.”

“Alors que vous vous venez des montagnes, il fait extrêmement chaud ici dans la plaine”, continua-t-il. “A cause de la grande vague de chaleur dans l’Inde du Nord, les gens restent chez eux autant que possible. Même les chiens et les vaches courent à l’ombre pendant la journée et la chaleur étouffe déjà peu après le lever du soleil. Si vous faites un pas dehors, vous commencez à transpirer même à sept heures du matin.

“C’était un dimanche et j’avais à peine dormi la nuit précédente à cause d’une coupure de courant; alors j’ai commencé ma journée plus tard que d’habitude. Vers 9 heures du matin, je suis sorti pour cueillir des fleurs pour mes prières du matin. A mon grand mécontentement, un chien des rues avait trouvé passage à travers la clôture et était assis sur mon petit gazon. Une haie de fleurs était en partie détruite. Le chien avait creusé un trou, créant un monceau de terre à proximité.

“Avec sa langue qui pendait en-dehors de sa gueule, il se reposait sur la terre fraîche. J’étais aussi triste que furieux de voir l’état du gazon. En plus, je me demandais comment j’allais maintenant offrir des fleurs fraîches et pures à l’autel. Il avait pu pisser dans un coin de la pelouse sans que je le sache. Je suis devenu vraiment fou, j’ai hurlé à tue-tête et le chien s’est enfui.

“J’ai prié rapidement parce que je ne pouvais pas du tout me concentrer, et j’ai passé l’heure suivante à réparer mon gazon. J’ai été de mauvaise humeur toute la journée. Plus tard cet après-midi-là, je devais voir un cordonnier pour faire réparer mes chaussures. Il était assis sur le trottoir d’une grande rue. Un parapluie défraîchi et rapiécé était attaché à un vieux bâton qui était stratégiquement collé au siège sur lequel il était assis. Un établi sale et minuscule qui semblait presque antique avait sur lui des gravures sans nombre qui venaient des nombreuses coupures vieillissantes faites par divers outils tout au long des années.

“A côté d’une alêne et d’autres instruments, une pierre à aiguiser se trouvait à proximité. Et à côté d’elle il y avait un bol d’eau sali. C’est là qu’il trempait régulièrement son unique couteau et qu’il le frottait un peu sur la pierre pour aiguiser la lame. Assis sur mon vélo, j’avais chaud et j’étais nerveux alors que le cordonnier travaillait lentement et patiemment. Il semblait insensible à la chaleur ou au bruit.

“Il allait tremper son unique couteau dans l’eau quand un chien abandonné y arriva et commença à boire dans le bol. Le cordonnier s’arrêta et sourit. Je regardais tantôt le chien, tantôt le cordonnier. Il regardait le chien avec une sérénité et un contentement célestes sur le visage. L’eau fut bientôt terminée et le chien lécha le bol.

“Sans dire un mot, il alla à son sac, en sortit une bouteille en plastique et versa davantage d’eau dans le bol. Le chien but de nouveau. Le cordonnier prit lui aussi quelques gorgées de la bouteille et la remit dans son sac. Vu le mercure qui montait, l’au devait être plus que chaude si elle n’était pas bouillante.

“Après avoir bu un peu plus, le chien le regarda, agita la queue et s’assit tout près. Le cordonnier le regarda affectueusement avec ses petits yeux brillants et plein de compassion posés sur son visage sombre et crasseux. Mais le trottoir en béton était trop chaud pour le chien. Il se leva, but un peu plus d’eau, remua de nouveau la queue et s’en alla tranquillement. Quant au cordonnier, il trempa son couteau dans le même bol et s’occupa de ses affaires.”

“Je ne peux même pas commencer à vous dire, Swami,” continua-t-il, “comme j’avais honte. J’étais là, homme éduqué qui avait écouté vos discours pendant des années et qui avais lu vos messages, et je n’ai pourtant pas pu voir de dieu dans le chien qui avait abimé ma pelouse. Je l’ai chassé comme un fou. J’étais contrarié au-delà de toute expression. Et voilà qu’un cordonnier illettré qui n’avait probablement jamais lu d’écritures ni prié à un autel était pourtant bien plus spirituel que je pourrais jamais espérer l’être.

“Je vous entends si souvent dire de voir Dieu en tous et de les traiter comme tels, mais lorsque j’ai véritablement eu l’occasion de le faire, j’ai lamentablement échoué. Au contraire, un cordonnier vivait vos paroles, il adhérait aux écritures. Je me suis senti si coupable et horrible, Swami.”
“Ne vous inquiétez pas,” ai-je dit. “Vous avez au moins appris une leçon pour la vie.”
“Non Swami,” pleura-t-il. “Je vous prie de me dire comment me repentir.”
“Votre prise de conscience est votre pénitence.”
“Néanmoins, Swami,” persista-t-il, “donnez-moi quelque chose à faire.”
“Alors d’accord,” dis-je. “Mettez un bol d’eau juste à l’extérieur de chez vous pour les chiens et les oiseaux. Et gardez trois chapatis ou trois tranches de main près de l’eau. Tous les jours. Aussi longtemps que vous le pourrez.”

Cette histoire me rappelle Saint Ravidas, cordonnier de profession, qui a bien dit : “Mana changa te kathauti vich ganga.” (Si votre cœur est noble, alors l’eau de votre récipient est pure comme le Gange.) Dans un sentiment yoguique et dévotionnel, ses vers dans le Guru Granth Sahib disent :

Tōhī mōhī mōhī tōhī antaru kaisā, 
kanaka kaṭika jala taraṅga jaisā. 
Ja'u pai hama na pāpa karantā ahē anantā, 
patita pāvana nāmu kaisē huntā. (SGGS, p.93)  

Tuma candana hama iraṇḍa bāpurē saṅgi tumārē bāsā, 
nīca rūkha tē ūca bha'ē hai gandha sugandha nivāsā. (SGGS, p.486) 

Tu es moi, et je suis Toi – quelle est la différence entre nous ?
Nous sommes comme l'or et le bracelet, ou comme l'eau et les vagues. 
Si je n'ai commis aucun péché, Ô Seigneur infini, 
alors comment as-Tu pu obtenir le nom de 'Rédempteur des pécheurs'?

Tu es le santal et je suis la pauvre plante de ricin qui demeure près de toi.
D'arbre misérable je suis devenu sublime et ton parfum, parfum exquis, demeure maintenant en moi.

Lorsque vous réalisez Dieu, vous devenez naturellement humble. L’arrogance et l’ego vous fuient comme des voleurs à la lumière. Vous devenez une incarnation de la bonté, vous choisissez vos mots avec soin. Vous pesez méticuleusement vos actions. Vous examinez vos pensées avec finesse. Vous agissez attentivement. Tout arrive sans faire d’efforts, car vous voyez le même Divin en tous.

Peu importe à quel point nos pouvons être cultivés ou religieux; jusqu’à ce que nous ressentions la peine des autres êtres sensibles, nous sommes tous pareils : égocentriques et soucieux de nous-mêmes. Et lorsque la vérité se fait jour, vous prenez conscience que nous sommes encore tous pareils : éternels et divins. Seule la perspective change. Avant la réalisation, vous voyez des corps, des différences et des apparences extérieures. Après la réalisation, vous voyez des âmes, des similitudes et l’essence intérieure.

Alors vous voyez Dieu dans le chien, dans les fleurs, dans une fourmi, en tous. Tout le temps. Car c’est vraiment la vérité.

Paix.
Swami

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