“Je veux changer mais mon passé me hante, Swami, m’a récemment dit un visiteur.” “Je me sens constamment coupable de mes péchés. Comment puis-je me débarrasser de mes bagages ?”
“Deux choses vous suivront dans votre tombe,” ai-je répondu-je. “Vous devinez ?”
“Mon karma ?”
“Et les créanciers,” ai-je plaisanté. “L’un vient avec ses bagages et l’autre avec un sac.” Il a ri d’un rire nerveux.
“L’une est une dette,” ai-je ajouté, “et l’autre un recouvreur de dettes.”

Nos bagages, ce sont nos dettes impayées.

Et dans notre vie, nous attirons toutes sortes de personnes dont certaines sont des créanciers karmiques qui jouent le rôle de recouvreurs de dettes. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun moyen de se débarrasser de notre passé.

Par ignorance ou par arrogance, nous semblons tous avoir dit ou fait des choses que nous regrettons d’avoir faites. Mais faire du mauvais karma ne fait pas forcément d’une personne quelqu’un de mauvais. Souvent, les bonnes personnes finissent par faire de mauvaises choses et les soi-disant mauvaises personnes font aussi beaucoup de bien. Une simple mauvaise pensée ou une simple mauvaise action ne fait pas de vous quelqu’un d’inférieur. Au lieu de cela, ce qui montre l’infériorité de la conscience, c’est lorsque nous n’avons pas le courage d’admettre que : oui, j’ai foiré et j’en suis désolé.

Nier ou refuser d’admettre nos erreurs crée plus de bagages que toute autre chose. Au moment où nous acceptons dignement notre faute, nous sortons de notre système d’émotions de colère (pourquoi ai-je pu me trouver dans cette situation ?) et de culpabilité (pourquoi n’ai-je pas pu agir autrement ?). Il ne fait aucun doute que l’incident pourra rester longtemps gravé dans votre esprit, mais son souvenir ne détruira plus votre paix.

Dans La Voie de Chuang Tzu, Thomas Merton cite une belle histoire intitulée Envol à partir de l’Ombre :

Un homme était si troublé par la vue de son ombre et si mécontent de ses propres pas qu’il décida de se débarrasser des deux. La méthode qu’il utilisa a été de s’enfuir.
Il s’est donc levé et s’est mis à courir. Mais chaque fois qu’il posait son pied il y avait un autre pas, et ce alors que son ombre le suivait sans la moindre difficulté.
Il attribua son échec au fait qu’il ne courait pas assez vite. Il se mit donc à courir de plus en plus vite, et ce sans s’arrêter jusqu’à ce qu’à la fin il tombe raide mort.
Il n’a pas pris conscience que s’il s’était contenté de marcher à l’ombre, son ombre se serait évanouie, et que s’il s’était assis en restant immobile, il n’y aurait plus eu de pas.

Qu’on l’appelle notre passé, notre bagage, notre ombre ou toute autre chose, le fait est que nous ne pouvons pas vraiment nous défaire de nos actions. Nous ne pouvons pas reprendre des paroles prononcés ni des actions indésirables. Tout au plus pouvons-nous nous excuser, nous repentir, regretter ou même guérir avec le temps. La vérité demeure que notre passé voyage avec nous partout où nous allons. Ce n’est que lorsque nous nous trouvons dans l’obscurité que notre ombre fusionne avec l’obscurité qui l’entoure. Dans une telle obscurité, nous pouvons momentanément ressentir que nous n’avons aucun bagage, mais c’est une illusion parce que nous ne nous sommes pas débarrassés de l’obscurité. Au lieu de cela, nous nous sommes cachés de la lumière.

Même la pièce la plus éclairée possède un coin sombre, aussi petit soit-il. De même, même la vie la mieux vécue cache en son sein quelque obscurité. C’est notre ombre, nous ne pouvons pas nous en débarrasser et nous n’avons absolument aucune raison d’en avoir peur. Nous sommes des êtres de lumière et l’ombre est donc inséparable de notre existence. Ce qui compte, ce n’est pas la durée ou la noirceur de notre ombre, mais là où elle se trouve : devant ou derrière nous.

Comme l’a soutenu Chuang Tzu, un des moyens d’avoir du répit de l’ombre est de se mettre dans l’ombre. L’arbre de la grâce possède cette ombre comme l’a l’arbre de la vérité et du pardon. L’ombre de ces arbres absorbe doucement l’ombre de la personne qui s’y met.

Une autre façon, souvent tentante, est se mettre dans l’obscurité et d’y vivre. Dans l’obscurité, alors que vous ne pouvez pas voir l’ombre, vous ne verrez pas non plus beaucoup d’autres choses … pas de beauté, pas de lumière. Des millions de gens autour de nous choisissent de se fermer à tout le monde et à toute chose. Par peur, par paranoïa, culpabilité et autres sentiments, ils passent toute leur vie dans l’obscurité, juste pour éviter une ombre. Mais le sage sait mieux.

Ce n’est que lorsque notre ombre est devant que le chemin à parcourir apparaît sombre. Et notre ombre se trouve devant nous quand nous tournons le dos à la lumière. Quand vous marchez vers la lumière, votre ombre se trouvera derrière vous. Cela n’obscurcira plus de ténèbres votre chemin.

Et c’est à peu près la seule méthode que je connaisse pour nous débarrasser de nos bagages : nous devons voyager vers la lumière avec espoir et compassion, pour nous-mêmes et pour les autres. C’est le seul moyen de laisser notre ombre derrière nous. Pardonnez-vous les erreurs du passé. Allez-y doucement. Cela vous fera beaucoup de bien et vous aidera à faire du bien aux autres, ce qui à long terme ne pourra être qu’une bonne chose.

Si vous continuez de marcher, vos empreintes seront derrière vous. Arrêtez-vous et vous vous trouvez juste sur elles. En prétendant que nous sommes immaculés comme la neige fraîche de l’Himalaya, chacun de nous a à un moment donné jeté des pierres sur les autres. Nous avons aussi été parfois à la réception. En fin de compte, cela importe peu tant que nous le mettons derrière nous.

Je suis tombé sur une jolie petite blague dans Les enseignements comiques de Mulla Nasruddin de l’Imam Jamal Rahman. Rédigé légèrement :

Une mère amena son jeune fils malpoli à Mulla, se plaignant d’être fatiguée de ses manières indociles.
“S’il vous plaît,” dit-elle, “faites quelque chose pour mettre en son coeur un peu de peur.”
“Tout de suite,” dit Mulla avec confiance. “En un rien de temps il va être docile comme une vache.”

Mulla regarda intensément dans les yeux du garçon et il lui ordonna d’écouter sa mère. Il déforma atrocement son visage et gronda énormément. Tout cela était si effrayant que la mère s’évanouit et Mulla se précipita hors de la pièce. Quand elle reprit conscience, elle réprimanda Mulla.
“Je vous ai demandé d’effrayer mon fils, pas moi !”
“Madame,” répondit Mulla, “quand vous invoquez la peur, cela consume tout le monde. Elle n’a pas de favoris. J’ai eu si peur moi-même que j’ai dû quitter la pièce.”

Notre ombre, comme la peur, n’a pas de favoris personnels. Une nuance de ténèbres apparaît naturellement partout où une ombre tombe. C’est pourquoi il est d’autant plus important que non seulement nous nous engagions à faire face et à marcher dans la lumière, mais aussi à inspirer les autres à faire de même. Car nous pouvons être brillants comme le soleil de midi, si ceux qui sont autour de nous vivent dans l’obscurité, leurs ombres tomberont sur notre chemin. Soyez lumière et répandez la lumière. Se diriger vers une noble aspiration, vers le bien et la bonté, c’est marcher dans la lumière.

Laissez la lumière du cœur se fondre dans la lumière infinie qui vous entoure. Les ténèbres n’auront alors pas d’importance. Cela ne donnera que plus de profondeur, de but et de sens à votre vie.

Continuez de marcher… vers la lumière.

En Octobre 2015, Une Poignée d’Amour a été publié, qui contenait une collection de mes articles de blogue. De nombreux lecteurs ont écrit en retour, disant qu’ils le gardaient à leur chevet et qu’ils en lisaient une page ou deux tous les soirs. Eh bien, deux ans après, je suis heureux d’annoncer le prochain livre de poche de la série : «Une poignée de sagesse». Il contient cinquante messages de mon blogue. Si vous avez du mal à vous endormir même après avoir lu Une Poignée d’Amour, j’espére qu’Une Poignée de Sagesse vous y aidera. Après tout, la sagesse fonctionne souvent là où généralement l’amour échoue.

Voici les liens pour obtenir une Poignée de Sagesse :
1. Amazon : Inde.
2. Amazon : Reste du monde.

Paix
Swami.

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