Les gens me demandent très souvent ce qu’ils doivent faire lorsque quelqu’un leur fait du mal. Ou comment ils doivent agir quand ils se trouvent dans des circonstances difficiles en devant faire des choses qu’ils préfèreraient ne pas faire. A chaque fois que l’on me pose ces questions, cela me rappelle une belle histoire que j’ai lue dans Three Times Chai de Laney Becker, un livre qui présente la tradition juive de l’art de conter.

Une histoire particulière parle d’un dévot chrétien qui était impliqué dans la résistance danoise, une organisation qui a sauvé un grand nombre de juifs au Danemark du pogrom nazi.

Jordan Knudsen était chauffeur d’ambulance. C’était aussi un membre actif de la résistance danoise pendant la Seconde Guerre Mondiale. La résistance venait d’apprendre le jour où les SS (le Schutzstaffel, la force d’élite de défense nazie) prévoyait de commencer à déporter les juifs du Danemark dans des camps de la mort. Cette nouvelle servit de signal à la résistance pour entrer en action.

Etre chauffeur d’ambulance dans un système totalitaire était (et demeure) une occupation extraordinairement précieuse parce qu’un chauffeur d’ambulance peut mettre la sirène de son véhicule et aller pratiquement n’importe où. Comme Knudsen conduisait une ambulance, il avait le moyen idéal pour passer en fraude des juifs en dehors du pays. Mais il avait un problème, qui n’était pas insignifiant : il ne connaissait aucun juif. Il y avait 7.500 juifs dans le pays et il n’en connaissait pas un seul. Alors que faire ?
Knudsen pouvait ne rien faire – combien de personne dans une situation similaire auraient fait ce choix ? Mais il était déterminé à faire quelque chose. Alors il trouva un annuaire téléphonique et il en feuilleta les pages, en cherchant des noms qui le frapperaient comme étant juifs. Knudsen savait que certains noms étaient fréquemment juifs. Le jour où il rencontrait une liste avec un nom qui sonnait juif, il se rendait à l’adresse correspondante. Si des juifs vivaient là, il les emmenait dans son ambulance jusqu’à un hôpital, ce qui était le premier pas pour passer en fraude les juifs dans la Suède neutre où ils pouvaient survivre à la guerre en sécurité.

De nombreuses années après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des chercheurs du Yad Vashem (une organisation qui défend la mémoire des victimes de l’Holocauste) trouva Knudsen et l’interviewa.
Ils lui demandèrent :
“Pourquoi l’avez vous fait ? Après tout, si vous aviez été pris, vous auriez été tué. Vous risquiez votre vie et vous ne connaissiez même pas les gens que vous aidiez. Vous ne connaissiez même pas de juif.
Sa réponse fut extraordinaire de simplicité.
“Qu’aurais-je pu faire d’autre ?” C’est tout ce qu’il dit.

La réponse de Knudsen est particulièrement inoubliable si l’on considère que ce sont les mots exacts qu’ont utilisés les Nazis dans leur défense à Nuremberg. Quand les officiers et les autres membres SS responsables du meurtre systématique de millions de juifs ont été questionnés individuellement au procès pour savoir pourquoi ils avaient soutenu Hitler, ils ont répondu : “Qu’aurais-je pu faire d’autre ?

Comme je le dis toujours, dans toutes les circonstances, agissez de la manière qui vous convient. Pour cette question, nous agissons tous selon notre nature intrinsèque qui détermine nos réactions automatiques dans la plupart des situations. De telles réactions, ou nos actions spontanées, sont largement influencées par notre mental subconscient. Et notre mental subconscient, puis-je ajouter, est un entrepôt géant de nos pensées, expériences et émotions passées.

D’une certaine manière, cette question de “que-devez-vous-faire-quand-quelqu’un-vous-fait-du-mal devient redondante parce que vous ferez très probablement tout ce qui vous viendra naturellement. Supposons que quelqu’un vous conseille de ne pas attaquer verbalement l’autre quand vous êtes en colère. Peu importe que vous le vouliez fortement, vous trouverez difficile d’agir selon ce conseil parce que la spontanéité dans les actions n’est souvent pas un choix conscient. C’est une réaction habituelle, votre réponse habituelle.

C’est pourquoi, à mon avis, une question plus pertinente devrait être : comment changer ma nature intrinsèque de telle sorte que je puisse réagir d’une manière qui me convienne ? De telle sorte que la bonté me vienne aussi naturellement que le parfum dans la rose ? Est-ce même possible ?

La réponse est oui. Mais cela ne peut pas se faire en une nuit. La transformation du subconscient est un processus graduel. Des pas fermes et de la discipline sont nécessaires pour accomplir cet exploit. De l’attention avec de la contemplation, c’est la voie pour effacer les empreintes douloureuses de notre subconscient, de telle sorte que nous n’agissions pas par habitude mais avec attention. De telle sorte que nos réactions soudaines aux situations et aux personnes soient remplacées par des réponses réfléchies.

La mémoire de notre passé ne peut pas être effacée simplement en voulant s’en débarrasser. Mais la peine associée aux expériences et souvenirs indésirables passés peut être fortement apaisée en développant la gentillesse, l’indifférence et le calme envers les souvenirs qui nous procurent de la peine. Ou bien vous pouvez méditer consciemment sur l’effacement de ces empreintes psychiques. Il y a quelques années, je l’ai abordé ici et ici. (Au fait, je l’ai aussi couvert dans mon livre sur la méditation).

Toujours agir dans un mode de bonté ne signifie pas que vous ne pouvez pas être ferme, repousser ou vous protéger. Cela veut simplement dire que vous pouvez faire toutes ces choses sans nourrir de mauvaise intention ou des sentiments négatifs envers les autres. Que vous pouvez défendre poliment votre territoire en causant aux autres une peine minimale, voire pas de peine du tout. Vous serez surpris de voir comme il est facile d’être bon et pourtant ferme en étant poli.

Répondre gentiment ou agir d’une manière telle que vous enseigniez une leçon aux autres, c’est facile. C’est même alléchant. Mais défendre votre territoire et prendre la voie de la bonté d’une manière intelligente exige un engagement envers vous-mêmes. Engagement que vous ne pouvez suivre que lorsque vous n’êtes pas tout à fait conscients de vos pensées et de vos émotions mais que vous pouvez les contrôler.

Mulla Nasrudin avait été marié pendant 50 ans et il célébrait son jubilé en grande fanfare lorsque ses amis lui demandèrent,”Mulla, quelle est la plus grande chose que tu as apprise dans le mariage ?”
“Oh je voudrais pouvoir les compter, répondit-il. Il m’a appris tant de choses.
“Nommes-en quelques-unes.”
“Eh bien, le mariage vous apprend la loyauté, la patience, la retenue et l’indulgence, dit Mulla. Il vous apprend à écouter, quand être calme et tant d’autres bonnes qualités dont vous n’auriez pas besoin en restant célibataire.”

Les plus grandes leçons de la vie nous sont données par l’intermédiaire des gens difficiles. Les adversités nous renforcent, les défis nous forcent à nous élever. Les expériences pénibles sont pratiquement toujours transformationnelles car elles peuvent faire sortir de nous ce qu’il y a de pire comme ce qu’il y a de meilleur en nous. D’une manière comme d’une autre, vous en découvrez plus sur vous.

Au moment où vous entrerez en contact avec vous-mêmes et où vous trouverez votre stabilité spirituelle, vous ne connaîtrez plus la question de savoir comment vous auriez du vous comporter. Par la suite, quand vous serez sous pression, la bonté tombera de vous goutte à goutte comme le miel d’une ruche.

Comme Knudsen, vous surprendrez alors les gens par votre bonté intrinsèque. Quand ils vous demanderont comment vous pouvez être comme vous êtes, vous n’aurez pas d’autre réponse que Qu’aurais-je pu faire d’autre ?

Paix.

Swami

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